DICTIONNAIRE
DE MÉDECINE.
TOME XXVII,
PARIS— IMPRIMERIE ET FONDERIE DE RIGNOUX,
RDE MONSIEÜR-IE-PRINCE, 29 EIS.
DICTIONNAIRE
DE MÉDECINE
RÉPERTOIRE GÉNÉR^^;^
DES SCIENCES MÉDICALES
CONSIDÉRi.S ^^3
SOUS LES RAPPORTS THÉORIQUE ET PR^IC®^
CjVLMFJL; XL. CAZEWA.VE, CHCSlEt, H. CjLOQOBT, J. CtOQÜET , COUTANCEAÏI , DALHAS, DANCE, DESORaîSAVX, DEZEISTERIS . F. 9G&01S , FEERÜS , GEORCET, CEBDY, GUÉRA.RO , GUËRSENT, 11’ ARD , LXGmiXXJ , LANDRÉ-BEAUVAIS , RAUGIER , 1.1TTRÉ, LOmS, MARC, MARJOLIN, MURAT, OÎÆÏVIER , ORFItA , ODBET, PELLETIER, PRAVAZ , RAICE - DELORME , REYNAUO, R2CHARD , ROCHOUX ROSTAK, RODK, RGLLIER, SOGBEIRAÎV, TROUSSEAU, VELPEAU, VILLEEMÉ.
ÜNTIKREMEIÎT REFONDUE ET CONSIDERABLEMENT AUGMENTEE.
TOME VINGT-SEPTIÈME.
RAC-RUT.
4 S 2 0
PARIS.
ancienne maison eéchet jeûne ,
LABÉ, SUCCESSEUR, LIBRAIRE DE LA FACULTÉ DE MÉDECINE,
1843
dictionnaire
DE MÉDECINE.
R
RACES HUMAINES. — Par le mot de race on entend, en l’appliquant à l’homme en particulier, les grandes variétés ou groupes naturels héréditaires que présente cet être, lorsqu’on l’observe dans l’universalité du genre humain. Quelque diffé¬ rent de lui-même que se montre, en effet, l’homme dans cha¬ cune de ces races, cependant, comme tous les individus qui les composent, en se mêlant indistinctement entre eux , produi¬ sent par leur union des individus féconds, toutes n’ont com¬ munément été regardées que comme atitant de variétés d’une seule et même espèce. Mais, avant de chercher à apprécier ce qu’il y a de fondé dans cette opinion, avant de faire connaître le nombre et les caractère des races humaines , nous croyons devoir donner quelques considérations sur Vhomme envisagé sous le rapport de ses attributs généraux.
1. L’homme, qui, par son organisation générale, diffère peu des animaux les plus élevés de l’échelle, s’en distingue cepen¬ dant par des caractères spécifiques qui ne permettent pas de le confondre avec eux. La peau presqu’ entièrement nue; le visage également nu dans la plus grande partie de sa surface, et présentant l’expression variée des sentiments et des pas¬ sions ; un menton et un nez saillans ; des yeux dirigés en avant; la face peu développée proportionnellement au crâne , avec lequel elle fait un angle de 70 à 80 degrés (le singe, le plus rapproché de l’homme, n’a à l’âge adulte que 50°) ; les oreilles bordées et lobulées, fixées d’une manière à peu près immo¬ bile en arrière de la face; la tête droite, ombragée par une chevelure abondante ; les mamelles en avant sur la poitrine; les membres libres et détachés du corps dans toute leur élen- D'tct. de Méd. xxvir- 1
2 RACES Hn^ïAIIVES.
due : les supérieurs, organps exclusifs de préhension et de toucher, terminés par une main très-mobile, avec un pouce opposable aux autres doigts ; les inférieurs, propres seulement à la station et à la oiarchp , la jambe s’articulant à angle droit avec un pied large à doigts courts et peu mobiles, qui s’appli¬ que au sol par presque toute sa surface inférieure ; la station et la locomotion verticales : tels sont les traits principaux qui distinguent l’espèce humaine.
Par suite des caractères essentiels tirés de la disposition de ses pieds et de ses mains, et qui fait que l’homme est le seul animal vraiment bimane et bipède, les naturalistes, dans leur classification zoologique, l’ont placé à la tête des grandes di¬ visions des vçrtébréi çt des mammifères., et en ont formé un ordre séparé, rordrg;des bimanes , composé d’un seul genre, leqqel Ipi-même ne comprendrait qu'une seule espèce, sui¬ vant la plupart des auteurs. Quelques-uns, cependant, pour seulement ont admis plusieurs espèces du genre homme, mais encore l’ont rangé à côté des quadrumanes ou des singes, qui formeraient un autre genre du même ordre. Mais, quapd on se refuserait à admettre entre i’homme et ces espèces voisines des différences physiç|ues assez fondamentales pour l’en sépqr rer zoologiquement, les résultats d’une organisation spéciale en feraient réellement un être à part dans la création : sPn degré supérieur d’intelligence et sa moralité, sa faculté d’atta¬ cher toutes ses idées à des signes et principalement à des spns articulés, sa sociabilité, son industrie, sa perfectibilité: tous ces attributs établiront toujours un immense intervalle entre les groupes les plus infimes de son espèce et le reste de l’a¬ nimalité. Malgré l’infériorité de ses forces physiques, malgré l’absence d’armes naturelles propres à l’attaque et à la défense, ces attributs assurent sa prééminence et sa domination sur toute la nature vivante , comme son empire sur la nature inor¬ ganique, dont il sait tourner les forces à son profit.
Nous n’avons pas à nous étendre sur les détails particu¬ liers de l’organisation de l’homme, ainsi que sur le mode spé¬ cial de ses fonctions, sur les différences qui existent entre lui et les animaux sops le rapport des actes sensitifs, intellectuels et moraux, sous celui des phénomènes d’expression, de loco¬ motion et des fonctions génératrices : ces divers sujets sont l’objet d’articles spéciaux. Ce qui doit nous occuper ici, quoi-
lUCES ItpîlAlSlES. 3
que très sofiim^irerr^eut, ce sont les faits généraux de l’histoire naturelle de l’horame : ce qui a trait à son habitation, à sa naissance et à sa multiplicatiop, à sa croissance, à son dér veloppement, et à sa taille, à la durée de sa vie.
L!espèçe humaine vit et se multiplie dans toutes les régions du globe! Non-seulement rhomme, le seul animal vraiment cosmopolite, habite les latitudes les plus diverses, les zones tempérées, les tropiques et les contrées glaciales du pôle; mais encore, seul il peut changer 4e clitnat et s’accommoder aux plus opposés : prérogative qu’il doit aux ressources de son intelligence et de son industrie. Cependant il est une limite qu’il ne paraît pas dépasser : pu ne, le voit point au delà du 55® degré de latitude australe et du 65® de latitude boréale. Cette variété d’habitation, quoiqu’elle n’altère pas les carac^ tères essentiels de son organisation, quoiqu’elle ne paraisse pas être la cause des grandes différences, qui constituent les diverses races humaines, exerce toutefois sur l’organisme une influence qui se manifeste par des traits particuliers,
Dans l’espèce humaine, la portée ordinaire est d’un petit. Cependant les jumeaux ne sont pas rares : il y a des exemples de portées plus nombreuses, de trois, de quatre et même de cinq foetus, mais ils sont extrêmement rares, surtout pour les dernières, et les produits de ces grossesses multiples sont presr que toujours privés de vie ou de viabilité. Les, paissances ont lieu dans toutes les saisons ; toutefois, elles sont plus nombreu¬ ses à certaines époques ; en France, par exemple, eües sont plus fréquentes en hiver, depuis le mois de décembre jusqu’à celui de mars; elles sont moindres dans les mois de juin, juil¬ let et août. Vers le Nord, les époques du nuiximum et du mini¬ mum des naissances arrivent plus tard dans l’année, et dans les pays chauds elles ont lieu plus tôt. Partout il paît plus d’ip^ dividus du sexe masculin que d’individus du sexe féminin, et partout dans une proportion qui paraît à peu près la mêipe; 21 garçons pour 20 filles environ. Mais, en raison de la morta¬ lité plus grande qui. règne sur les individus, du sexe mascullp, il existe à un âge un peu avancé plus de femmes que d’homnies.
Malgré les conditions désavantageuses de son organisation , l’homme a su, par son intelligence et à l’aide de sa réunion avec ses semblables, suppléer à sa faiblesse, et tirer parti de tout ce qui l’entoure pour assurer sa subsistance, pour résis-
4 RACES HBMAINES.
1er à l’intempérie des saisons , et repousser ou détruire ses en¬ nemis. Aussi s’est-il multiplié presque à l’infini, et s’est-il ré¬ pandu sur tous les points du globe, si l’on excepte ces plages brûlantes de sable qu’il ne fait que traverser, et ces régions glacées du pôle où il peut à peine aborder. Suivant les ealculs les plus récents, et qui ne peuvent être qu’approximatifs, le nombre des hommes est évalué à 737 millions, répartis sur toute la terre, et pressés en certaines contrées, non pas en raison du climat et même des conditions heureuses et de la fertilité du sol, mais en i-aison de la civilisation et des richesses de ses habitans.
L’homme est un des animaux les plus faibles au moment où il naît, et dont l’enfance est la plus longue et a le plus besoin des secours et de la protection de ses parens. Nous n’avons pas à décrire les divers phénomènes de son développement , les différentes phases qu’il parcourt depuis son berceau jusqu’à sa tombe (vo/. Ages). Nous ne devons donner ici que quelques détails sur sa taille ou hauteur verticale, lorsqu’il est arrivé au terme de sa croissance. Rappelons seulement que cette croissance, dont les lois nous sont mal connues, est le plus ra¬ pide dans les premiers temps de la vie ; une foule de circon¬ stances paraissent y influer. Dans les pays très-chauds ou très- froids , le développement de la taille s’arrête plus tôt que dans ceux dont la température est modérée. Le terme de l’accrois¬ sement arrive plus tôt dans les villes que dans les campagnes, dans les plaines basses que dans les hautes montagnes, où le climat est rigoureux. La misère et la fatigue tendent aussi , d’une manière puissante, à retarder la croissance et à augmen¬ ter le nombre des difformités.
La taille moyenne de l’homme est d’environ 5 pieds (1 mètre 62 centimètres) ; mais elle présente d’assez grandes différences en deçà comme au delà de cette mesure : certaines peuplades de la Patagonie, les Caraïbes , etc., sont remarquables par leur stature élevée, d’environ 1 mètre 8 à 9 décim. (6 pieds 9 à 10 pouces), et même plus; tandis que les Esquimaux et les Bo- chismans montagnards n’ont guère plus de 1 mètre 3 centim. (4 pieds). Chez les peuples de moyenne taille, les femmes sont d’environ moins grandes que les hommes; mais chez les peuples très petits , cette différence diminue , et chez ceux qui sont remarqiiahles par leur grande taille, la différence est plus
RACES HtMAlKES,
forte encore que dans les premiers. Ces inégalités de la taille tiennent , d’une part , à l’origine ou aux races, de l’autre à cer¬ taines circonstances.
Ainsi on voit dans le même pays, dans la Patagonie, par exemple, des peuplades d’une taille très élevée , à côté d’autres dont la taille est médiocre , et à une bien petite distance, dans la Terre deFeu, des peuplades au-dessous de la taille moyenne. Les peuples de la plus grande taille habitent pour la plupart dans l’hémisphère austral, soit dans l’Amérique du Sud , soit dans plusieurs archipels de l’Océan austral. Les peuples les plus petits se trouvent en général dans les parties les plus re¬ culées de l’hémisphère boréal : on en trouve aussi sous l’équa¬ teur et dans le voisinage du cap de Bonne-Espérance. En géné¬ ral, cependant, un froid très vif tend à arrêter le développement de la taille : dans les deux hémisphères , les contrés les plus froides ne sont peuplées que de races extrêmement petites. Un froid modéré paraît, au contraire, favorable à ce même développement de la taille. En France, et dans la plupart des parties de l’Europe , où le climat est le plus doux, les hommes sont en général moins grands que dans les parties froides de notre continent, en Suède, en Finlande, et même dans la Saxe et l’Ukraine, etc.
Le bien-être et la misère, indépendamment de l’origine, ont une influence marquée sur la taille de l’homme. Des recherches statistiques récentes ont démontré que la taille moyenne s’é¬ lève d’autant plus, et que la croissance s’achève d’autant plus vite, que, toutes choses égales d’ailleurs, le pays est plus riche, et que les privations pendant la jeunesse sont moins grandes.
En dehors de ces règles, la taille de l’homme, qui, chez les peuples les plus petits et chez les plus grands, ne dépasse guère, au-dessous comme au-dessus, les termes de 4 et de 5 pieds et, demi;, 6, pieds, présente des différences acciden¬ telles et individuelles, dans lesquelles on la voit franchir de beaucoup ces limites, et surtout la limite inférieure. Ces cas exceptionnels de . la taille sont ceux des nains et des. géants. C’est ainsi qu’on a vu des hommes atteindre, quoique très rarement, la taille de 2 mètres 8 à 9 décim. ( près de 9 pieds), et d’autres n’avoir pas plus de 6 décim. (2 pieds). Le célèbre Bébé, avait 33 pouces; on dit même en avoir vu qui n’avaient que 16 pouces, la taille commune de l’enfant à sa naissance.
RACES HCMAIHES.
Ges exemples dé taille très-éleVée au-dessus de la commune sé sont réüeôntrés plus particulièrement dans les pays froids, comme la Norvège, la Suède, la Russie, la Pologne, l’ft- cosse, etc. On ne peut rien dire de semblable des nains.
La dtirée ordinaire de la vie chez l’homme paraît être de 70 à 80 ans : e’est ce qü’àpprénd l’histoire de tous les peuples et de tous lès tenaps, et les tables de mortalité démontrent que l’époque normale de la mort coïncide avec cet âge. Un assez grand nombre d’individus dépassent ce terme, et atteignent les années qui s’étendent de 80 à 100 ans. Les cas où la vie s’ést prolongée au delà de 100 ans né sont plus que des cas excep lionnels , et quoiqu’on cite des exemples d’individus qui ont atteint 150 , 163, 169 et 180 ans, il n’est pas moins certain que l’on ne voit que très rarement l’homme prolonger sa vie jus¬ qu’à 110 ans, et l’on compte même très peu de centenaires. En France , d’après des calculs récens , on a trouvé sur 2,434,993 décès, 439 personnes réputées Centenaires : 1 sur 5,600 décès environ. 11 ést remarquable que les individus qui présentèrent l’exemple d’une longévité extraordinaire eurent des enfants qui poussèrent aussi très loin leur vie, comme si ce privilège de leur constitution eût été héréditaire. — 11 est assez difficile, faute d’observations suffisantes, de déterminer les différences que présente la durée de là vie chez les di¬ verses races humaines. La race caucâsique paraît avoir une plus longue durée de vie que la îàce mongole. Les contrées dans lesquelles On a observé le plus d’exemples de longévité sont la Norvège, la Suède, l’Écosse. Là vie est courte dans les pays très avancés vers le Nord , chez les Tonguses , les Sa- moïèdes, etc. La durée de la vie est plus grande chez les femmes que chez les hommes. Ainsi, ên rapprochant Un cer¬ tain nombre dé tableaux dé nonagénaires , on trouve, terme moyen, 100 homméS pour 178 femmes nonagénaires. Mais au- dessus de Cent ans, cet excès du nombre’ dé femmes n’est plus aussi considérable. Dé même aussi, on he trouve plOs guèré d’exemples de longévité extraordinaire que parmi les hommes.
Mais peu d’individus arrivent aü terme normal de la vie. Aihsi, én France, près du quart des enfants meurent dans là première année, et la moitié seulement de ce qui en resté at¬ teint l’âge de 20 à 21 ans. Les trois quarts environ de la popu¬ lation périssent avant l’âge de 50 ans, et sur à peu près 5,000ën-
RACES HOSlÀiNES.
faiits noüveau-nés , il n’y eu à qü’uü seul qui parvienne à l’àge de 100 ans. • — Ce qui infliie le plus sur la durée moyenne de la vie, c’est l’état de bien-être ou de misère : on peut s’en con¬ vaincre en eompàrànt la proportion des décès dans les classes riches et dans lés classés pauvres ehez le même peuple. Dans l’hospice des Ehfans-Tl’buvës y il en meurt, dans la première année,- éiiviron 4 sûr 5: — Les progrès de la civilisation aug-^ mëntèüt la durée moyeUne de là vie : c’est ce qui est prouvé par les tàblèaux drëssés pour quelques localités, où les ré- gistrës des décès ont été tenus àvèc soin. Ainsi, à Genèvey dans le XVI® siècle , la moitié dés enfants mourait avant l’àge de 5 ans ; et dans le xviii®, la moitié de là population parvenait à l’âge dé 30 ans. — C’est dans les premiers tëUips de la vie que les chànces de mortalité Sont lés plüS grandes : en France,
11 ineürt envirOn 23 enfants sür 100 pendant la f* année,
12 dans la 2®, ët 7 dâfls là 3®; à l’âge de 10 à 11 ans, la proportion dés décès n’est plus que dé 8 sur 1,000 naissances , 'ët c’est alors que les probabilités d’une longue vie sont les plus gràndes. '
II; b'homrne sé montre sür là terre aven des traits extérieurs assez différens , pour qü’on ait cherché à diviser les individus du gënrë hümàiti en uîi certain nohabre de familles distinctes. Cës traits ëxtérièui^ sont pris généralement dans là couleur de la peau, dàns là iiàtüre des ebevéüx, la physionomie, la forme du ërânfe Malgré toiités les influencés variables de cli¬ mat y de nourriture, dé mode d’existëncé, et surtout malgré leàihfliiehces plus puissantes du ërOisement des races, on në Saurait, ainsi que i’à très bien détnbntré W. F; Edwârds, se re¬ fuser â adibéttfe la pèrsistànce Ae types qai auraient traversé les temps et lés lieux... Mais si l’on péut, par suite de bette persistance dés types, étàblir dés divisions fondamentales entre lës individüs qui composent le genre humàin , il n’est point aussi facile de déterminer si cës divisions constituent des es¬ pèces primitives, ou si elles në forment que des variétés ou des ràces qui se perpétuent avec les caractères secondaires (jü’ellës bnt acquis accidentellement.
La plupart dés naturalistes, sé fondant sur la génération féconde des divérses racés éntrè elles, ont jugé la question en faveur dé l’existence d’uné seule éspèee primitive. A cette
BACES HUMAINES.
considération il a été opposé que des espèces animafes certai¬ nement distinctes donnent des métis féconds. Mais l’expé¬ rience n’a pas prononcé si dans ces cas, du reste assez res¬ treints, la fécondité s’arrêtait bientôt, ou se prolongeait indé¬ finiment, ce qui serait nécessaire pour établir l’analogie. Le docteur Prichard, qui a publié des ouTrages remarquables sur l’histoire naturelle de l’homme, pense, et d’après le fait du mélange fécond des races humaines et d’après d’autres consi¬ dérations, qu’elles dérivent toutes d’une seule famille, qu’elles ne sont que des variétés acquises sous l’influence prolongée des localités et des habitudes, et devenues héréditaires , comme on l’observe pour les races de certaines espèces animales do¬ mestiques. Suivant cet auteur, on ne peut se refuser à y voir une seule et même espèce , quand ou çpnsidère qu’aucune des particularités physiques qui les distinguent ne dépasse.les li¬ mites auxquelles peut atteindre uoe^yarjété iiaturelle, quand on voit dans toutes les races humaines les lois uniformes pres¬ crites aux grandes fonctions de l’économie et des principes psychologiques communs ou une même naturé mentale. Quoi¬ qu’il en soit de cette question , nous allons indiquer les princi¬ pales divisions qui ont été proposées pour le genre humain. Nous ferons toutefois remarquer, avant d’entrer dans l’exposi¬ tion de ce sujet, qu’une étude approfondie des langues parlées par les différens peuples est venue récemment ajouter un élé¬ ment de plus dans cette partie de la science qui s’occupe de la détermination des rapports entre les diverses tribus humaines.
Il existe, comme l’on sait, un nombre considérable d’idiomes humains réellement différents les uns des autres^; ce nombre, d’après les calculs les plus probables, ne s’élèverait guère à moins de deux mille. Deux sortes de rapports existent entre ces langues : 1° un rapport ÿaffimté, consistant dans une res¬ semblance générale de leur structure grammaticale, dans une grande proportion de racines communes; 2“ un rapport d’a- nalogie , caractérisé seulement par une ressemblance frap¬ pante dans leur structure grammaticale, mais avec un voca¬ bulaire différent ou presque pas de mots communs. Les langues qui ont des rapports d’affinité, sont regardées comme établissant une communauté d’origine entre Lçs peuples qui la parlent. Ainsi la famille de langues sémitiques comprend l’hé¬ breu , le chaldéen, l’araméen ou syrien, et le geez ou éthio-
RACES HUMAINES.
pique. A la famille indo-européenne se rattachent le sanscrit et tous ses dialectes dans l’Inde, l’ancien zend ou l’ancienne lan¬ gue médo-persane et tous les idiomes existant actuellement en Perse et en Arménie; le grec, le latin et tous ses dialectes; l’esclavon , souche des langues russe, polonaise et bohémienne; les langues teutoniques ; probablement les dialectes celtiques. — Divers groupes de langues sont formés par des caractères particuliers d’analogie. Ainsi, une classe bien caractérisée est celle de langues monosyllabiques , dans laquelle les mots sont des mpnpsyllabes finissant tous sans aucune terminaison par¬ ticulière, et dont les relations ne sont exprimées que par une intonation déterminée. Des idiomes de cette nature sont en usage chez les Chinois, les Thibétains, les. Birmans, les ^Co- çhinchinois, les Siamois, et chez presque toutes lès nations situées au delà de la péninsule de l’Inde. Une autre classe est composée des langues que l’on nomme poly synthétiques. Elles consistent en dé longs mots polysyllabiques, qui, pour expri¬ mer les modifications nombreuses de l’idée primitive, abondent en modes d’inflexions raffinées et élaborées , et admettent une variété presque infinie de terminaisons et de changemens de structure, A cette classe, de langues appartiennent tousles idio¬ mes de l’Amérique, depuis celui des Esquimaux du détroit de Behring jusqu’à ceux des Patagons de la "rerre de feu., Si , comme le fait remarquer le docteur Prichard, l’on n’à pas le droit de^ conclure positivement à l’identité ,de racé pour les nations dont les langues liées par analogie et non par affinité appartiennent à la même classe, il est difficile cependant de né pas admettre une plus , grande liaison entre de telles na¬ tions qu’entre celles dont les idiomes appartiennent à des classes différentes, • .
Les naturalistes sont loin de s’accorder sur le nombre et les caractères des races humaines. Les ups regardent , en effet, comme des races prononcées ce que d’autrés n’envisagent que comme de simples variétés ; tandis gue quelques-uns, mul¬ tipliant les distinctions, admettent .des„ésj?ccc^ r^éll^s , qu’ils sous-divïsent siiccéssivement ensuite en raçep gt^gn, variétés..
Linné n’avait reconnu , comme on sait, que qjuatre races d’hommes, qu’il regardait comme particulières à chacune des parties dii monde, et qu’il désignait so,u.s,Ies ,noo3S;de,,racë américaine ou brune, ^européenne ou bfanche, asiatique ou jaune, et ^africaine ou noire. Il en ajoutait encore une çin-
RACES ilüMAiSES.
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qüièrtife sous le nbm de monstrueuse, et qui résiiîtait dé toutes lés défectuosités des autres. Buffon distinguait, comme autant dé variétés de l’espèce humaine, la lapene, la tartare, la chi¬ noise , la maiatse, Y éthiopienne, Y hoü'entote , V européenne ét Y a- TTiéricaine. Dans sa clàssificàtipn adoptée entièrement ou en partie pâr là plupart des naturalistes qui l’ont suivi, Blüriien- bacii admet cinq races ; la Caucasienne, là Mongolique, Y Amé¬ ricaine, là Malaise et Y Éthiopienne ou Nègre. Cuvier réduisit les races humàinës à trois principâlès, qui sônt là blànchè oti càücasiqüe, là jaune ou mongolique, là raceriègré où éïfiiopiquè. Comme la classification de Cuvier ést là plus suivie, nous ràp- portèrdns les diverses variétés hümaines aux divisions de ce savant. Nous ÿ ajouterons cependant, avec là plupart des zoo¬ logistes actuels, une qnatrièhi'é race, sdüs lè nom dé ràcë roüge Ou àrnéncaihé.
1® Éàcè blanche ou eaücasiqué. — Cétté racé, à laqiiëile nOti's appartenons, à été ainsi nomhiëè, pârcé qü'é les traditions ét lès filiatiousdès peuplés sëtnblëht là faire femontërjusqü’àii groupé de fflôntagnès situé entré la mer Càspienhë.ét la mër^Noirë, d’où ëllé s’est répandue cOmnae eû ràyonnant dans lês liéüx 'qu’elle occupe. Lës peuples du CàùcàSe, les iSéôrgiéhs et lés diréàssiens ën offrent comme le type. Éîlé së, distingué entré toutes les ra'cës par la beàuté de l’ôvàlé qui formé Sa tété, là belle proportion dé son corps, là gfàndéur de l’angle facial plus ou mbins Rapproche de l’ànglé droit. Son hëz long ët pointu, là'léiigliéur de ses chévé'uk flexibles et plats, variant, ])ôur la colôfation, du blond àü nëir foncé, sà pëàii blànèhfe', ^éà joués colorées et ses lèvres vermeilles, né pèrrnetteni pas', d’àilleUrs ébcbrë , dé la è'ônfondre àvéc àilcune autre. La racé caucasique a,donné naissance aux peuples lës plus ë'clàîrës . et 'quî ’bnt le plus do’mî’në lés aülrës. 'Sès principàjës branches pèüvéht së distiisguéf 'pâr l’analogië des langüé's.
Du fàméâü àraméén oo sprien , dirigé àü midi, sont des¬ cendus les ÂSsyriehs, "les Chàld'é'èns, les Aràbés., lés Phéni¬ ciens,- les 'Jiiifs, iés Abyssins, colbniés des ÀraHe’s : il est très p'robàble qué 1és Egyptiens lui appartenaient. C’ést à ce ra- inéàü, èhC'|în àü mysticisnie , ‘qu’appartîénnenflés religions les 'plus 'étëtidues. Dés formes bizàrres, un style figuré, y ont d’éparë lés sciences et' les lét’trés, qui ne laissent pas qUe d’ÿ àyOir' m'o'rrt'eëtanémenl bi illë de qûclqüe éclàt.
Le ràméau indien, permain ot péîa'sgiquè est beàu'cbdp plus
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étendu, et, malgré l’anciennelé de sa division , l’on reconnaît les plus grandes affinités entre ses langiiés principales. C’est à cet important rânaeàii de la racé caucâsique qu’appartient de¬ puis trois mille ans le sceptre de la philosophie, des arts et des sciences. Il avait été précédé en EüfOpe par lés Celtes, dont les peuplades vendes par le Nord , et autrefois très éten¬ dues, sont maintenant confinées vers lés pointes les plus occi- (léntalés, et par les Cantkbres, passés d’Afrique èn Espagnë, et aujourd’hui presque fondiis parmi les nombreuses nations qui se sont mêlées dans cette presqu’île. Les âhciehs PèrSes ont la même origine que lës Indiens, et leurs dèscëhdânts portent encore à présent les plus grandes marqués dë rapports àvee nos peuplés d’Europe. '
Lé rameau scyihè et tartàre, dirigé primitivëméüt véfs lé nord èt le nord-est, et toujours errant et vagabond danS lès plaines de ces éOntréës , n’éü revint que poüf dévastée lès étk- biissémé'ns dé ses frères. A ce rameau sé rapportent , corhmë autant d’essàims , lés Scythes,' si anciénnément eOnhüs par ieüfs irruptions dans la haute Asie; les Parihes , qui ÿ détrui¬ sirent la domination grecque et romaine ; et les'Türc's enfin , qui y renversèrent celle des Arabes ët subjügüèrént én Èuropë lës restes de la nation grécqüé. Les Hongrois-, les Finlandais , en paraissent, parmi les nations ësclavonés et tudesquës, comme des peupladés égarées. L’on voit énéOre , au nord étà t’est de la mèr Caspiëniié, dès peuplades dë la même Origine, qui parlent deS langués semblables, èt qui sont iüélàngêéS évëc Une infinité d’autrés petits' peuplés d’origine- et' dè; lâffi- gües diffëréhtës. Lës Tàrtarès Së sont èOnsêrvéS' plus iütâfe'fs dans tOütèét éspàcé. Où, après kVOir méidacéla Russie; ils è'h ont Subi lê jOùg depuis lés houcheS du Dànübë jusqu’au delà tië i’irtieh; l’On ÿ reconnaît toutefois le sang des' Môhgdls "gu’ÿ appelèrent lëürs cOnqüêtës, ët dont lès tràcés Sé rètroii- A^nt priticipâlëment chez les petits Tartàrëé'. ’’ ■
Plusieurs savants voyageurs, et entre aûtrës M. L'eSson, r'ap- pOrtënt àu rameâu sëythe du tarta'rë lés Malais -'ét' dés Oèéa- tiîèns, que Ouviëè héSitàit à fairë déritéf dë ta b'rànchè'-in- diedne cfü dë' là mOngoliquë. Suivant M. Lëssôfl , lés Malais' ne diffèrent présque pas des Hindous ; et forment-sèuièmèdt itne variété de ce peuple. Ils présentent quàtrë types f le M'alais propre; lé JaVâfiaîs,'le M'âCaéVar'.'tiu Büdjis, l’ArnbOidais Où
RACtS IICMAINES.
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Timorien. Cette variété est confinée sur les îles équatoriales de l’archipel des Indes ou Malaisie , depuis Madagascar à l’est, les Philippines à l’ouest, la presqu’île de Maïak au nord, et les terres des Papous au sud.
Le rameau océanien , que les auteurs placent dans la race, malaise , n’est également qu’une branche de la grande famille hindoue, dont elle a tous les caractères. Elle est disséminée sur les îles éparses de l’immense mer du Sud, et peuple en grande partie toutes les terres de l’Océanie, depuis les îles Sandwich jusqu’à la Nouvelle-Zélande et l’île de Pâques.
2° Race jaune ou mongolique. — Celle-ci, la plus nombreuse et la plus étendue sur le globe , et qu’on reconnaît à ses pommettes saillantes , à son visage plat, à ses yeux étroits et obliques , à ses cheveux droits et noirs , à sa barbe grêle et à son teint olivâtre, commence à l’orient de ce rameau tartare des Cau¬ casiens dont nous venons de parler, et de là elle domine jus¬ qu’à l’Océan oriental. Les Kalmoucks et les Kalkas, ses bran¬ ches restées nomades , .parcourent le grand désert, d’où trois fois leurs ancêtres portèrent au loin leurs conquêtes, sous Attila, Gengis etTamerlan. Les Chinois en sont une des bran¬ ches, la plus ancienne dans la civilisation des peuples. Les Mantchoux, conquérans de la Chine, et qui la gouvernent encore , en font une troisième branche ; il faut en rapprocher, d’ailleurs, du moins en très grande partie, les Japonais, les Coréens, et les diverses hordes soumises à la Russie qui s’é¬ tendent au nord de la Sibérie. La presque totalité de la race mongolique , quelques lettrés Chinois exceptés , appartient aux différentes sectes du. culte de'Fo. Son origine paraît être les monts Altaï, comme celle de la nôtre le Caucase; mais la filiation de ses différentes branches n’est pas aussi facile à suivre, ce qu’explique suffisamment, d’ailleurs, l’incertitude qu’offre l’histoire de ces peuples pour la plupart nomades, et l’impénétrabilité de celle des Chinois, jusqu’à présent.concen- trée dans leur empire...
Les Samoièdes, les Lapons , les Esquimaux et les autres p.euples qui habitent le nord des deux continens, et dont quel¬ ques-uns ont cru devoir faire la race hyperboréenne, reconnais¬ sable à, sou visage plat, cpurt, arrondi, son nez écrasé, ses chpyeux courts, plats et noirs, sa peau brune, son corps trapu et sa taille courte, se rapporteraient simplement comme va-
RACES ROMAINES.
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riétés à la race mongolique, ou ne seraient encore, suivant quelques-uns , que des rejetons dégénérés du rameau scythe et tartare de la race caucasique.
3“ Race nègre ou éthiopique. — Cette race est, l’une des mieux caractérisées. Son teint noir, ses cheveux courts , laineux et crépus, son crâne comprimé, son nez écrasé, l’acuité de son angle facial (70 à 75®), ses grosses lèvres et ses mâchoires saillantes , qui la rapprochent en quelque sorte des singes, en offrent autant de traits qui la distinguent de toutes les autres. La race nègre paraît réellement inférieure aux autres en in¬ telligence, et ne s’est avancée nulle part d’elle-même dans les voies de la civilisation.
Cette race, que Cuvier disait confinée au midi de l’atlas, tout en se demandant si quelques-uns de ses rameaux ne se seraient pas égarés sur la mer des Indes jusqu’à la terre des Papous , habite la partie méridionale de l’Afrique, l’île de Madagascar, les Hébrides, la terre des Papous , les îles de Salomon, la terre de Van-Diemen et la Nouvelle-Hollande. M. Lesson, à qui l’on doit des remarques importantes sur plusieurs variétés de la race noire où mélanienne, y a distingué les raftieaux suivans : 1“ Éthiopiens, type véritable des nègres africains, peuplant le Sénégal, la Guinée et le Congo; 2° Cafres, habitant une partie de la pointe d’Afrique, surtout la côte orientale et l’île de Ma¬ dagascar, mieux proportionnés dans leur taille que les précé¬ dées, et ayant la peau d’un gris d’ardoise; 3® Hottentots, la plus infime branche de la race noire, et se rapprochant singuliè¬ rement des singes par plusieurs points de son organisation, habitant les environs du cap de Bonne-Espérance : couleur de la peau presque bistre, barbe rare, front proéminent au som¬ met; Papous, ressemblant beaucoup aux Cafres, répandus dans la terre des Papous, la Nouvelle-Irlande, la Nouvelle-Ca¬ lédonie, les Hébrides, l’archipel Salomon, etc.; 5® Tasmanniens , habitants de la terre de Van-Diemen ou Tasmannie , se rap¬ prochant beaucoup par leurs caractères physiques des Papous, dont ils diffèrent surtout par leurs habitudes; 6° Alfourous- Indamanès, peu connus, mais passant pour très farouches, ha¬ bitant l’intérieur de plusieurs grandes îles et entre autres de la terre dés Papous ; peau noirâtre, cheveux droits, rudes, face élargie avec pommettes proéminentes, barbe très noire et très touffue; 1° .Alfourous- Australiens, indigènes de la Nou-
14 RACES HEJIAIKES.
vellçrîIoHande, s^p-vaj^es et miséraldes ; peau poire, cheveux épais, rudes et lisses, dents saillantes et nez épaté, pom¬ mettes proéminentes, extrémités inférieures grêles et déçhar-
4“ Race rouge ou am^rifaine. — Les petiples notnbreux qui habitent les diverses parties de l’Amérique ne paraissaient pas à Cuvier avoir des caractères assez précis pour en faire une race à part , quoiqu’il avouât ne pouvoir les rattacher à aucune de celles de l’ancien continent. Quelques auteurs les considé¬ rèrent comme un rameau détaché de la race mongolique. Mais la plupart des zoologistes s’accordent aujourd’hui à reconnaî¬ tre une race distincte américaine, qui , tout en se rapprochant beaucoup de la mongolique par l’ensemble de ses traits, en est essentiellement séparée par sa peau rouge et cuivreuse, ses cheveux noirs et plats, son visage large, ses pommettes non saillantes , ses yeux grands et le plus souvent obliques. M. Bory de Saint-Vincent y admet trois types, qui sont pour lui trois espèces distinctes : la Colombique , qui aurait eu pour berceau les monts Alléghanis et Apalaches, et de là se serait étendue vers les Florides, les Antilles et les Guianes; Y Américaine pro¬ prement dite, qui occupe le bassin supérieur de l’Orénoque, la totalité de celui des Amazones, le Brésil , le Paraguai ; celle des Patagons, composée de peuplades peu nombreuses, éparses sur la pointe australe de l’Amérique, au-dessous du 40® degré sud. Les langues nombreuses des peuples américains, très di¬ versifiées, ne se rapprochent en rien de celles des autres par¬ ties du monde , et n’ont entre elles de commun que le carac¬ tère poly synthétique.
Nous ne faisons pas ici mention des albinos et des crétins , qui ne sont évidemment que des individus infirmes, et non des races particulières.
Certains naturalistes ont regardé ces divisions du genre hu¬ main en quatre ou cinq races comme trop générales et trop restreintes , et s’appuyant d’ailleurs sur les découvertes ré¬ centes et les observations plus exactes d’anthropologie faites par les voyageurs modernes , se sont crus fondés à en multi¬ plier beaucoup le nombre.
Ainsi M.Virey admet d’abord t/eaa; d’hommes, qu’il éla- blit d’après le degré d’ouverture de l’angle facial. A la première, chez laquelle cet angle présente de 85 à 90 degrés, il rapporte
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RACES nCMAIIVES. trois races ; ja bjançhe, la î^asanée et la cuivreuse; rattacbanl, comme sous-divisions, savoir : à la première, l’araberindieupe, la celtique et la caucasienne; à la secpnde, la chinqise, la kalmouk-mongole et la lapoue-ostiaque ; à la troisièipe, enfin, l’américaine Ou caraïbe. A la secpnde espèce, que cafaç^érise un angle facial de 75 à 82 degrés seuleraeiit, se rapportent la race brune foucée, la race noire et la race noirâtre, qui ren¬ ferment, pour la première, }es variétés ma|aie ou indienne; pour la seponde, les Cafres et les nègres , et pour la troisième enfin, les Hottentots et les Papous. (Ces mesures de l’angle facial ne sont pas exactes.)
Desmpulins, qui d’abord, dans son Tableau di^ genre humain, avait admis onze espèces distinctes, porta un peu plus tard ce nombre à seize dans l’ouvrage qu’il publia peu de temps après. Ce sont ; 1. l’Espèce scythiqüe, comprenant les trois races indo¬ germaine , finnoise , turque; — II. l’E. cadçasienne^ — III. l’E. Sémitique, divisée en races, arabe, étrusço-pélasge, celtique ; — IV. l’E. atlantique; — V. l’E. hindoue; — VI. l’E. mongolique, divisée en races indo-sinique , mongole, hfpçrboréenne ; — Vil. l’E. KOURILIENNE; — VllI. l’E. ÉTHIOPIENNE; — IX. l’E. EURO-AFBI- CAiNE (nègres de la Mozambique , Cafres, indigènes de la côte orientale d’Afrique); — X- l’E. austro-africaine, divisée en deux races, 1“ hotteniote, 2° houzouànas ou boschismane ; — XI. l’E. MALAISE eu OCÉANIQUE, Comprenant, 1° les Caroliniens ; 2° les Dayahs et Beadjus de Bornéo, et plusieuis des Horaforas ou Alfourous des Moluques; 3“ les Javans,Sumatriens, Timoriens et Malais;4° les Polynésiens les Oyas deMadagascar;-T-XlI.l’E. PAPOUE ; — XIII. l’E. NÈGRE-oçÉANiENNE , Comprenant, 1" les Moys o\iMoyèsàela.CtOe\ûtic\iiue-,2°lesSa.mang,Dayak,ete., des mon¬ tagnes de Malacca; 3“ les peuples de la terre de Diemen, de la Nouvelle-Calédonie et derarchipelduSaint-Esprit; 4“ les Vizim- hars des montagnes de Madagascar; — XIV. l’E. australasienne ; — XV. l’E. colombienne ; — XV I. l’E. américaine, comprenant,l“les Omagnas, Guaranis, Coroados, Paris, Alturés, Otomaques, etc.; 2° les Botocudes et Guaïcas ; 3° les Mbayas, Charmas, etc. 4° les Araucans , Pvelclies, Tehuellets ou Patagons; 5° les Pécherais, indigènes de la Terre de Feu.
M. Bory de Saint-Vincent, tout-à-fait d’accord avec Desmou¬ lins sur les fondemens d’une pareille division, avait bien avant lui adopté les mêmes erremens : cet auteur porte jusqu’à quinze
16 RACES HCMAINES.
le nombre des sortes d’hommes dont il fait autant d’espèces.
Voici sa classification.
Espèces du genre homme.
Léiotriques , à cheveux unis.
Propres à l’ancien continent.
I. Espèce japétiqhe (homo japeticus). A. Gens togata. Races qui de tout temps portèrent de larges vêtemens, et qui deviennent chauves parle front, a. Race caucasique (occi¬ dentale). b. R. pélasge (méridionale). — B. Gens bracaia. Races dont toutes les variétés ont adopté les vêtemens étroits , et qui deviennent chauves par le vertex. c. R. cel¬ tique (occidentale), d. R. germanique (boréale). 1“ Variété teutone ; 2° V. sclavone.
II. E. ARABIQUE (h. arabicas), a. Race atlantique (occiden¬ tale). a. R. adamique (orientale).
KL E. HINDOUE {II. indicus).
IV. E. SCYTHIQUE Qi. scythicus).
V. E. SINIQUE Qi. sinicus).
Communes à V ancien et au nouveau continent.
VI. E. HYPERBORÉENNE (A. hjrperboreus).
VII. E. NEPTUNIENNE (A. neptunianus). a. Race malaise (orien¬ tale). b. Race océanique (occidentale), e. R. papoue (inter¬ médiaire).
VIII. E. AUSTR.ALAâiENNE (A. australasicus).
Propres au nouveau continent.
IX. E. COLOMBIQUE (A. colombicus).
X. E. AMÉRICAINE (A. americanus).
XI. E. PATAGONE (A. patagonus).
Oulotriques , à cheveux crépus.
XII. E. ÉTHIOPIENNE (A. œtliiopicus).
XIII. E. CAERE (A. cafer).
XIV. E. MÉLANIENNE (A. melanicus).
Hommes monstrueux, a. Crétins ; b. albinos.
M. Lesson , dans son Manuel de mammalogie la
classification suivante, qui porte sur les mêmes bases que celles de Cuvier.
I. Race blanche ou caucasienne. 1®’' Rameau : araméen (Assy¬ riens, Chaldéens, Juifs, Abyssins, etc.}. 2® Rameau : indien, germain et pélasgique (Celtes, Cantabres, Perses, etc.). 3® Ra¬ meau ; Scythe, tartare (Scythes, Parlbes, Turcs, Finlandais,
RACES HUMAINES. 17
Hongrois), l*® Variété : rameau malais; 2® variété : rameau océanien.
II. Race jaune ou mongolienne. 1®*' Rameau : mandchou. 2® Ra¬ meau : sinique. 3® Rameau : hyperboréen ou esitimau (Lapons en partie, Samoièdes , Eskimaux du Labrador, habitans des Kou¬ riles et des îles Aléoutiennes). 4® Rameau : américain ^ a. péru¬ vien et mexicain, b. arauean, c. patagon. 5® Rameau : mongol- pélasgien ou carolin.
ni. Race noire ou mélanienne. 1®® Rameau ; éthiopien. 2® Cafre. 3® Hottentot. 4® Papou. 5® Tasmanien. 6® Alfourous-endanîène. 7® Alfourous-austredien.
On peut juger, d’après les tableaux que nous avons donnés des races ou des espèces humaines admises par les auteurs , combien ce sujet présente de difficultés et d’incertitudes. Pour les mieux faire sentir, nous terminerons cet article en repro¬ duisant les principales critiques de la division trinaire de Cu¬ vier par le docteur Prichard.
Le D® Prichard reproche d’abord à Cuvier d’avoir, en mo¬ difiant la classification de Blumenbacb , fait une fausse ap¬ plication d’une observation juste de ce célèbre anatomiste sur les trois formes de tète que présente l’espèce humaine : la forme ovale, la forme large en avant, la forme étroite et comprimée. Cuvier, en effet, fit de chacune de ces formes, avec la couleur de la peau et la nature des cheveux, le caractère fondamental de ses trois races, et M. Prichard a montré que les caractères tirés de la couleur de la peau, de la nature des cheveux, et de la forme de la tête sont loin d’avoir cette concordance. Suivant lui, il n’est pas possible de constituer des familles particulières de nations, ou, pour mieux dire, de partager l’espèce humaine en plusieurs races distinctes, en se basant sur la transmission constante et permanente des caractères physiques. Ces divisions de races ne coïncident nullement avec les divisions des langues. On trouve des classes d’hommes qui sont bien déterminées par leurs caractères physiques, et qui renferment cependant des races complètement distinctes sous le rapport de leurs langues. Ainsi la race turque ou tar- tare est séparée de la race indo-européenne par la langue, et cette séparation, si haut qu’on veuille remonter, demeure tou¬ jours la même. Combien de siècles cependant se sont écoulés depuis le temps où les Celtes et les nations germaniques, les TDiet. dé Méd. xxvii. 2
18 RACES HCMAiSÉS.
Grecs, les Latins, les Slaves; sè sont détachés des Hindous! Et, malgré tout cet espace, ces nations ont conservé des preu¬ ves irrévocables de l’identité de leühs langues. Pourquoi les Tàrtàres, si jamais ils ont partagé l’idiome de ces nations ou possédé un idiome voisin, ont-ils donc perdu toute trace de leur langage primitif? La distinction dès races suivant ce même principe arrive, au contraire, à disjoindre des nations qui sont essentiellement liées par leurs langues , et cela parce que ccs nations auront pu acquérir un caractère différent et des di¬ versités de complexion et de figure. — Il y a toujours, suivant le même auteur, une seconde objection à faire à là distribution des hommes en races distinctes d’après le principe de leurs diversités physiques : c’est que cela est contraire au vrai prin¬ cipe de la distinction des espèces. Or, les diversités qui se ren¬ contrent parmi les diverses races d’hommes ne sont bien clai¬ rement que des variétés , c’est-à-diré des différences non constantes et permanentes. En fait, il faut donc admettre qu’il y a plusieurs espèces humaines réellement différentes , hypo¬ thèse contre laquelle s’élèvè tout d’abord une insurmontable quantité d’objections, ou admettre que dans l’espèce humaine, telle qu’elle existe , il n’y a point de racés distinctes consti¬ tuées d’une manière permanente par l’ensemble de leurs Ca¬ ractères physiques. Aussi, dans l’opihion de M. Prichard, les diverses tribus humaines auraient unè même origine. D’après ces idées, le docteur Prichard avoue que les différences des langues obligent, à la vérité, à faire remonter à une immense distance en arrière l’enfance de notre race, que ces langues forment peut-être dans l’humanité des distinctions plus an¬ ciennes encore que celles de la couleur et de la forme. Mais, suivant lui, ces différences sont susceptibles d’êtrè expliquées sans avoir recours à une différence d’origine, c’est-à-dire à une création distincte et séparée de toutès ces racés.
Il y a, ce nous sendble, beaucoup d’exagération dans cette opinion du D'’ Prichard. 11 est loin d’être prouvé que toutes les variations que peut présenter l’espèce hümainè Se déve¬ loppent sous les influences des localités ét de la civilisa¬ tion , ainsi que le prétend cét auteur, et que les caractères physiques par lesquels se distinguent les divers peuples aient l’instabilité qU’il leur attribue, au point d’être moins perma- nens que leurs langues. Quels que soient les secours que l’on
RACES liüniAincs (bibliogr.). 19
puisse trouver pour là détermination des races dans la considé¬ ration des langues et des traditions, nous croyons, avec W. Fr. Edwards , que ces ëlemens doivent passer après les caractères physiques. La race n’est réellement constituée qu’autant que ces caractères sont tranchés et se perpétuent dans une multi¬ tude d’hommes assez nombreuse pour former un peuple. C’est donc de ce côté que doivent être dirigées les principales re¬ cherches. Sans doute, au milieu du mélange des peuples en¬ tre eux, et surtout par suite de l’irrégulière répartition des caractères les plus iraportans et de la complication des carac¬ tères intermédiaires, il sera toujours dilfiéile dé déterminer avec précision les types des races humaines. Mais si les re¬ cherchés Ultérieures h’àmèhent pas la solution de toutes les questions qui s’y rapportent, surtout celle de l’origine, elles rendront les classifications de moins en moins imparfaites : pour cela, il faut que les divisions ne soient ni trop restreintes, car elles seraient souvent peu conformes à la réalité, ni trop multipliées , car elles consacreraient des diversités trop peu importantes, et ne seraient jamais complètes.
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22 BACHIS (aNAT. et PHYSIOL.).
Link {pie Vrwelt, 2® édit. Berlip , 1828 ) , Maltbus {Sur la population) ; les géograpliies de Malte-Brun et de Ritter ; les Physiologies de Gerdy, Bprdach, etc., et les principaux voyageurs, Pallas, Klaproth, Alex, de Humboldt , Aug. de Saint-Hilaire , Spix et Martius , Quoy et Gai- mard , Lesspn, etc. R. D.
RACHIS, tige osseuse fornaée par l’assemblage des vertè¬ bres, et qu’on nomme aussi, pour cette raison, colonne ver¬ tébrale.
I. Considérations AN.tTOMiQüES et physiologiques. — Le rachis est situé à la partie postérieure et moyenne du tronc, entre les côtes, qui s’y attachent, au-dessous de la tête, avec laquelle il forme un angle aigu et rentrant en devant , au-dessus de la partie postérieure du bassin qui le supporte, et auquel il s’unit en formant uu angle obtus en avant, et plus ou moins saillant suivant les individus. Telles sont les limites réelles de la colonne vertébrale, à laquelle plusieurs anatomistes joignent le sacrum et le coccyx, qu’ils désignent sous le nom fausses vertèbres. Cette assimilation est sans doute plus fondée que celle qu’on a voulu établir entre les vertèbres et le crâne; tou¬ tefois, je crois inutile d’examiner ici la valeur des analogies diverses qu’on invoque à l’appui de ces rapprochemens, et je continuerai à ne donner le nom de rachis qu’à cette chaîne osseuse qui se compose de pièces séparées au nombre de vingt- quatre {vertèbres vraies des anciens), dont sept constituent la région cervicale, douze la région dorsale, et cinq la région lombaire.
Des vertèbres en général. — Les vertèbres sont superposées les unes aux autres; leur forme est symétrique -, quoique chaque portion située sur les côtés de la ligne médiane soit extrême¬ ment irrégulière. Toutes sont placées horizontalement dans la station verticale du corps, et on les distingue par le nom nu- m.êrique qui indique le rang qu’elles occupent dans la série. La première et la seconde cervicales seules ont une dénomi¬ nation particulière (noy. Atlas et Axis). Notre intention n’est pas de décrire minutieusement les caractères propres aux ver¬ tèbres de chaque région et à chaque vertèbre en particulier, mais seulement de rappeler leur configuration commune; nous ferons connaître ensuite leur mode particulier de connexions.
Sur chacun de ces os on observe d’avant en arrière, et sur la ligne médiane, en premier lieu, le corps de l’os, qui eon-
RACHIS (anat. et physiol.). 23
stltue la plus grande partie de sa masse totale, ayant la forme d’un segment cylindrique ou oyalaire, large et épais; sa face antérieure est convexe, et offre une dépression transversale dans le fond de laquelle on voit des trous plus ou moins lar¬ ges qui livrent passage à des vaisseaux. Sa face postérieure, qui forme la paroi antérieure du canal vertébral, est plane ou légèrement concave , et se continue latéralement avec le reste de l’os par une portion rétrécie. Derrière le corps de la vertè¬ bre, existe le trou nommé vertébral, ovale ou triangulaire, qui concourt à former le canal vertébral , et dont la circonfé¬ rence est surmontée postérieurement par une apophyse sail¬ lante en arrière, qu’on nomme épineuse, dont la direction et la forme varient suivant les régions du rachis.
De chaque côté, et en arrière du corps de la vertèbre, sont les masses latérales ou apophysaires , sur lesquelles on voit, d’avant en arrière : deux échancrures, une supérieure, assez superficielle, une inférieure plus profonde, creusées sur les faces opposées du pédicule rétréci qui unit les masses apo¬ physaires au corps de l’os, et formant, par le rapprochement des vertèbres , les trous de conjugaison ou intervertébraux ; deux apophyses articulaires , distinguées en supérieure et in¬ férieure, correspondant à celles de la vertèbre voisine; une apophyse transverse plus ou moins saillante, dirigée en dehors, et donnant attache à des muscles ; enfin, une lame aplatie, va¬ riable en épaisseur et en largeur, complétant la circonférence du trou vertébral, en scT réunissant avec celle du côté op¬ posé : c’est le point de jonction des deux lames latérales que surmonte l’apophyse, dite épineuse.
Cette conformation générale des vertèbres présente des mo¬ difications diverses dans les régions cervicale, dorsale et lom¬ baire du rachis , et surtout dans la partie moyenne de chacune de ces régions. Mais je crois inutile d’entrer ici dans des dé¬ tails descriptifs que ne comporte pas cet article.
Articulations des vertèbres. — Le mécanisme du racliis, que les vertèbres forment par leur rapprochement , exigeait une grande force de résistance dans les agens d’union de ces os entre eux; aussi leurs articulations sont-elles maintenues par des ligamens à la fois très nombreux et très forts.
1“ Chaque corps vertébral est uni à celui qui l’avoisine par un tissu ligamenteux très flexible, qu’on troiive depuis l’arti-
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culatlou de la deuxième vertèbre cervicale avec la troisième, jusqu’à celle qui réunit la cinquième lombaire ayec le sacrum. Ce tissu , qu’on appelle ligament ou Jibro-cartilage interverlélral, a une forme semblable à celle du corps des vertèbres, auxquelles il adhère, et une épaisseur plus grande en avant qu’en arrière, au cou et aux lombes, tandis qu’on observe l’inverse dans la région dorsale. Les ligamens intervertébraux sont composés, à leur circonférence, de fibres et de lames très serrées, qui leur donnent une apparence cartilagineuse; plus en dedans, ces fibres et ces lames sont plus molles, plus lâchement réunies; leurs aréoles sont imbibées d’un liquide visqueux. Au centre , il n’y a qu’un tissu aréolaire très mou, spongieux, élastique, dont les vacuoles sont remplies du même liquide qu’on y trouve en abondance. En dessus et en dessous, les corps inter¬ vertébraux présentent à peu près les mêmes gradations dans leur structure, seulement au milieu de chaque face, la sub¬ stance solide est très mince. Il résulte de cette disposition que chacun de ces corps intervertébraux renferme dans son centre une sphère liquide, et comme chacun d’eux est très solidement fixé par ses faces aux deux vertèbres qu’il réunit, on peut con¬ sidérer, suivant la remarque de Béclard, chaque espace inter¬ vertébral comme contenant dans son centre un globe solide sur lequel deux vertèbres, munies chacune d’une espèce de cavité cotyloïde formée par la portion solide du ligament inter¬ vertébral, se meuvent ensemble ou isolément, selon la variété des mouvemens. La disposition que nous venons de décrire est surtout apparente dans la région lombaire.
Outre ces agens partiels d’union, il existe en avant et en arrière du corps des vertèbres deux grands ligamens qui ré¬ gnent dans toute l’étendue du rachis. Le premier, ligament pré¬ vertébral, grand surtout ligamenteux antérieur, ligament verté¬ bral antérieur, etc., s’étend depuis l’axis jusqu’au sacrum. Il forme une longue bande aplatie, d'un aspect nacré et luisant, très étroite dans la région cervicale, plus large à la région dor¬ sale, plus large encore aux lombes. Il est formé de plusieurs couches de fibres : les plus superficielles sont les plus lon¬ gues; elles s’étendent du fibro-cartilage d’une vertèbre à celui de la quatrième ou cinquième au-dessous; les fibres pro¬ fondes unissent deux vertèbres contiguës.
Le ligament vertébral postérieur, grand surtout ligamenteux
RACHIS (anat. et physiol.), 25
postérieur J, est situé le long de la face postérieure du corps des vertèbres, à l’intérieur du canal vertébral, et s’étend de la par¬ tie postérieure du corps de l’axis jusqu’au sacrum. Il est plus épais, et offre une texture plus serrée que le précédent. Les fibres qui le composent sont superficielles et profondes, les premières occupent l’intervalle de quatre ou cinq vertèbres , tandis que les secondes s’étendent du corps d’une vertèbre à celui de la seconde au-dessous , etc.
Le ligament vertébral postérieur est plus étroit et plus épais dans la région dorsale que dans les deux autres; on remarque que dans son trajet il s’élargit un peu au niveau de chaque fibro-carlilage intervertébral, et qu’il se rétrécit, au contraire, vis-à-vis le corps de chaque os; disposition qui lui donne l’as¬ pect d’une bande dont les bords sont festonnés uniformément.
2“ Les apophyses articulaires sont revêtues d’une couche mince de cartilage, et une membrane synoviale se réfléchit sur les deux facettes contiguës dont le rapprochement est main¬ tenu par des fibres ligamenteuses disposées assez irrégulière¬ ment, et adhérentes en dehors à la circonférence de ces fa¬ cettes.
3“ Les lames des vertèbres sont unies entre elles, depuis la deuxième jusqu’au sacrum , par des faisceaux fibreux qu’on nomme ligamens jaunes, dont le tissu est éminemment élastique. Ils complètent en arrière le canal vertébral , en remplissant l’intervalle qui sépare chaque lame. Les fibres qui les consti¬ tuent ont une direction verticale; elles sont de la même nature que celles qui forment la membrane moyenne des artères : elles jouissent d’une force de ressort très prononcée.
4° Les apophyses épineuses sont maintenues en rapport par des ligamens nommés inter-épineux et sus-épineux. Les premiers sont situés dans les intervalles des apophyses épineuses, au dos et aux lombes : dans la région cervicale, des muscles en tiennent lieu. Étroits et triangulaires au dos, larges èt quadri¬ latères aux lombes, ces ligamens affectent la forme de l’es¬ pace inter-épineux qu’ils occupent, et s’étendent du bord inférieur de l’apophyse épineuse supérieure au bord supé¬ rieur de l’apophyse située au-dessous. Le ligament sus-épi¬ neux est un cordon fibreux étendu depuis la septième vertèbre cervicale jusqu’au sacrum, et adhérant à toute la crête for¬ mée par la série des épines. Au cou, il est remplacé par uu
26 Rachis (anat. et physiol.).
faisceau fibreux étendu depuis la protubérance occipitale ex¬ terne jusqu’à la septième vertèbre cervicale; de sa partie an¬ térieure se détachent des prolongemens qui viennent se fixer au sommet de toutes les apophyses épineuses des vertèbres cervicales, la première exceptée.
Du, rachis, ou de la colonne vertébrale en général. — A. Forme.
• — Les différentes vertèbres diminuant de volume de bas eu haut, il en résulte que, dans son ensemble, le rachis affecte la forme d’une pyramide. Cependant cette diminution de gros¬ seur des vertèbres n’est pas uniforme; aussi la colonne verté¬ brale paraît-elle formée , comme Winslow l’avait fait remar¬ quer, de trois pyramides superposées de manière que celle d’en bas a sa base qui répond à la cinquième vertèbre lombaire, et son sommet tronqué à la cinquième vertèbre dorsale : la base de la pyramide moyenne correspond à la première vertèbre dor¬ sale, tandis que son sommet est à la quatrième; et enfin, la base de la pyramide supérieure répond à celle de la pyramide moyenne, c’est-à-dire à la septième vertèbre cervicale, et son sommet à la première ou l’atlas. D’après cette disposition, on voit que le rachis, plus volumineux à son extrémité inférieure qu’à son union avec l’occipital, présente, dans sa longueur, un renflement' fusiforme au niveau de la dernière vertèbre cer¬ vicale et de la première vertèbre dorsale.
B. Direction. — Le rachis, légèrement flexible, n’est pas droit: il décrit trois courbures dirigées alternativement en sens opposé. Ainsi, on trouve antérieurement une convexité au cou et aux lombes, et une concavité au dos; postérieurement on observe une disposition inverse. Ces courbures sont telles, qu’une ligne verticale qui traverserait le centre de la base et du sommet du rachis passerait devant le corps des ver¬ tèbres dorsales, et derrière celui des cervicales et des lom¬ baires. Ces courbures résultent évidemment, ainsi que Bichat l’a fait remarquer, des degrés divers d’épaisseur de la partie antérieure du corps des vertèbres et de leurs fibro-cartilages, qui déterminent une concavité là où ils sont les plus min¬ ces, et une convexité là où leur épaisseur est plus grande. Ces courbures varient suivant les individus, mais elles sont toujours entre elles dans un rapport constant; de sorte que si l’une d’elles est exagérée, on est certain, a priori, que les autres le sont également : il y a là une solidarité exigée par
RACHIS (anat. et physiol.). 27
les conditions d’équilibre de la colonne vertébrale, eomme nous le verrons plus bas.
Indépendamment des inflexions antérieure et postérieure du rachis, il en existe aussi une latérale , dont la concavité est à gauche, et la convexité à droite, au niveau des troisième et quatrième vertèbres dorsales. On attribuait généralement cette courbure latérale à la présence de l’aorte, lorsque Bichat avança qu’elle était sans doute produite par l’inclinaison répétée du corps à gauche dans les efforts et par les mouvémens qui se font plus souvent avec le bras droit, qui est plus fort que -le gauche. La réalité de cette opinion a été démontrée par les ob¬ servations de Béclard , et confirmée par celles de M. Cruveil- hier {Traité d'anatomie descriptive, 2® édit.), qui croit meme avoir constaté que l’incurvation à gauche est d’autant plus considérable, que les individus consacraient leur main droite à des travaux plus pénibles. «Dans ces derniers temps , ajoute- t-il, on a pensé que la déviation latérale était due à l’altitude du foetus dans le sein de sa mère; mais, s’il en était ainsi, la déviation devrait exister à la naissance : or, je puis affirmer qu’elle n’existe jamais alors {Traité d’anat., t. t, p. 88).
C’est surtout en s’appuyant sur l’observation qu’il avait faite dans un cas de transposition générale des viscères {Proposi¬ tions sur quelques points de médecine, thèse de Paris, 1813, p. 28), où la courbure du rachis était comme à l’ordinaire, c’est-à-dire la convexité à droite , quoique la pointe du coeur et la crosse de l’aorte fussent également à droite, que Béclard avait rejeté d’une manière aussi exclusive l’influence de la pré¬ sence de ce vaisseau sur cette incurvation normale du rachis; il s’appuyait, d’ailleurs, sur l’exemple de deux gauchers sur le cadavre desquels on constata que « les organes intérieurs avaient la situatiou accoutumée, et chez lesquels cependant le rachis avait sa courbure normale , » c’est-à-dire la convexité à droite. Mais dans deux cas de transposition générale des viscères , observés par M. Grisolle, et indiqués parM. Bouvier {Dict. de méd. et dur. prat., art. Colorine vertébrale) , ainsi que dans un fait du même genre rapporté par M. Géry {Archiv. ^én. de rnéd., 4® série, t. i, p. 64, ann. 1843), on a constaté que la courbure du rachis s’était accommodée à la situation in¬ verse de l’aorte, et qu’elle avait ainsi sa convexité à gauche. Ces observations ne tendent-elles pas à établir que la présence
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de la crosse de l’aorte n’est pas aussi étrangère qu’on l’a cru à la production de cette incurvation? C’est sans doute la con¬ naissance de ces derniers faits qui a engagé M. Cruveilhier (wjr. les 1’’® et 3® édit, de son Anatomie) à abandonner l’opi¬ nion de Béclard, qu’il avait admise et développée dans la deuxième édit, de son Traité d'anatomie ^ comme je l’ai dit plus haut; mais ils sont à leur tour insuffisans pour faire pré¬ valoir l’opinion contraire d’une manière absolue, car on peut toujours leur opposer le fait rapporté par Béclard.
La position du tronc, nécessitée par certaines professions, contribue aussi à donner diverses inflexions au rachis, et Bi- chat a fait observer que toutes les courbures résultant d’une habitude vicieuse n’existent pas dans la portion dorsale du rachis , mais bien à la réunion de celle-ci avec la portion lom¬ baire, point où se passent tous les grands mouvemens de flexion, d’extension et de rotation.
C. Longueur. — Considérée dans son ensemble, la colonne vertébrale offre des différences dans sa longueur, aux diffé¬ rentes époques de la vie; en général , elle augmente depuis la naissance jusqu’à l’âge adulte, et diminue dans la vieillesse, soit par l’effet de l’augmentation des courbures dont nous ve¬ nons de parler, ou bien par suite de l’affaissement et de l’in¬ duration des fibro-cartilages intervertébraux et de l’aplatisse¬ ment du corps des vertèbres. Il est à remarquer que la colonne rachidienne présente à peu près les mêmes dimensions chez tous les individus, les différences dans la stature tenant au plus ou moins de longueur des membres abdominaux. Ce fait est im¬ portant, parce qu’il tend à confirmer l’exactitude des mesures que M. Cruveilhier a données du rachis , et dont l’application peut être fort utile dans l’étude des déviations. Ainsi, la hauteur delà colonne, mesurée par un fil qui en suit les ondulations de¬ puis l’atlas jusqu’à l’extrémité du coccyx , est, en général, de deux pieds quatre pouces; mesurée par un fil à plomb, elle est de deux pieds deux pouces , ce qui fait une différence de deux pouces; mesurée chez un adulte de moyenne taille, la colonne cervicale a cinq pouces et demi de hauteur, la colonne dorsale neuf pouces et demi, et la colonne lombaire six pouces et demi : nous faisons abstraction ici de la portion sacro-coc- cygienne.
La longueur du rachis varie notablement aux différentes
RACHIS (ANAT. et PHÏSIOL.). 29
époques de la journée ; elle est toujours plus grande le matin, et moindre le soir. Les expériences du docteur Wasse (^Philos, iransact., t. xxxvui) ont démontré que le rachis, et, par suite, le tronc, présentent une différence de hauteur de plus d’un demi-pouce du moment du lever à celui du coucher. Cette diminution a été attribuée par les uns à l’aplatissement des disques intervertébraux sous l’influence de la pesanteur, par d’autres à l’augmentation des courbures sous l’influence de la même cause : des mesures précises pourraient seules résoudre le problème, car si la diminution de longueur n’est due qu’à l’augmentation des flexuosités , un fil qui suivrait exac¬ tement les contours du rachis donnerait la même longueur to¬ tale le matin que le soir. Toutefois il est vraisemblable que ces deux causes concourent à produire les variations signalées.
D. Disposition de l’ensemble des vertèbres. — La face antérieure du rachis est recouverte, comme je l’ai déjà dit, par lè grand ligament vertébral commun antérieur, et présente une série de dépressions superficielles, transversales, creusées sur le corps de chaque vertèbre, et d’autant plus marquées , qu’on les examine plus inférieurement : elles sont concaves de haut en bas, convexes transversalement, et offrent plusieurs trous qui donnent passage aux vaisseaux du corps des vertèbres. Cha¬ que dépression est séparée de la suivante par une saillie formée par les bords supérieur et inférieur du corps des vertèbres , et par le fibro-cartilage intervertébral. La face postérieure est di¬ visée en deux moitiés par la rangée des apophyses épineuses qui sont ordinairement situées les unes au-dessous des autres ; quelques-unes sont parfois légèrement déviées latéralement; elles sont très écartées les unes des autres dans la région cer¬ vicale et dans la partie supérieure du dos, mais dans le reste du rachis, elles sont très rapprochées : l’ensemble de ces apo¬ physes constitue une crête ou saillie onduleuse à laquelle oh donne le nom d’^/)irae (i/?/na), .
Cette ;çrête fait sous la peau une saillie plus ou moins pro¬ noncée : c’est la seule portion de la chaîne vertébrale qui soit accessible à nos moyens d’investigation. E|le mérite donc de fixer , d’une manière toute particulière l’attention des prati¬ ciens. A la région cervicale, les apophyses épineuses sont d’au¬ tant plus longues , qu’on les examine plus inférieurement ; ainsi, la septième, nommée, pour cette raiisoa, proéminente ^
30 RACHIS (aNAT. et PHYSiOL.).
offre une ^pdphÿse prestjuë aussi lônguë que celle des vertè¬ bres dorsales; Ges saillies osseuses sont , dahs cette région , si¬ tuées presquë horizontalement; au dos, au coiitrairé, ellessont forteniént inclinées , et se recouvrent les unes les autres. Leur longueur est telle, que, dans une partie de la région dorsale, l’extrémité de chaque apophyse épineuse se trouve presque au niveau dü bord inférieur de là vertèbre située immédiatement au-dessous. Aux lombes , elles redeviennent horizontales. D’à- près cette disposition, on pourrait croire que la crête épineuse est plus én relief là où les apophyses sont horizontales; mais il n’en est pas ainsi ; aux lombes les deux masses latérales du muscle sacro-spibal , et au coU lès gros faisceaux musculaires dé cette région, fout disparaître le relief des apophyses, qu’il est néanmoins facile de distinguer par le toucher dans iin sillon plus ou moins profond. Au dos, au contraire, le peu de volume des miiscles des goüttiêrès vertébrales laisse saillir notablement la crête épineuse. Du reste, uU état d’embonpoint bu de maigreur extrême apporte de grandes modifications à cet état de choses.
Les parties latérales dé ces apophyses bornent en dedans les gouttières vertébrales qui ont plus de profondeur au dos qu’au cou , et qui sè rétrécissent dans la région lombaire : elles sont bornées en dehors par les apophyses transverses qui Sont articulées an cbu èt aüx lomhes seulement; l’occi¬ pital les borne en haut, tandis qu’elles se continuent inférieu¬ rement avec celles du sacrum. Les lames vertébrales et leurs ligamens forment le fond de ces dèiix gouttières, qui sont rem¬ plies par différens muscles du dos et du cou. Sur les faces la¬ térales du rachis , on remarque la série des masses apophy- Sâirès, et entre chacune d’elles, le trou de conjugaison qui donne passage aux vaisséaUx qui entrent dans le canal rachidien , ainsi qu’aux nerfs qui en sortent. Enfin, la base de la colonne vertébrale répond à celle du sacrum, auquel elle est unie par un fibro-cartilage semblable à ceux qui existent entre cha¬ que vertébré. Le sommet est terminé par l’atlas, qui s’articule avec les condyles de l’occipital.
E. Canal rachidien. — Le rachis est creusé d’un canal qui rè¬ gne dans toute son étendue, et qui renferme la moelle épinière ét Ses membranes; il communique, d’une part, avèc la cavité crânienne par l’intermédiaire du trou occipital , et en bas , il
lUtHiS (ANÂT. et PHYSioL.). 31
se cbatihiiè àvec le canal sacré. Il est formé en avant par le corps dès vertébrés èt les ligàmens qui les unissent, lalërâlé- hient et postérieurement par les pédicules, lés masses àpo- physâire.s ët les lames de cés ihêmes os, ainsi que leurs ligà- ' mèns. Il présente, suivant sa longueur, trois courbures qui correspondent à celles du rachis; sa largeur est plus consi¬ dérable dans la région cervicale et dans le haut dé là région dorsale que dans la portion inférieiire de cette dérnièrë région; il s’élargit de nouvéau vers la onzième où la doüzièmé vertèbPe dorsale , et dans les lombes. Ainsi , lés diménSions dè ce con¬ duit sont èh quelque sorté en sens inverse de cellés dé là ch- Ibûbe, car à la région lombaire même^ il èst moins ample proportionUellément qu’à la portion cervicale. Sa cavité est triangulaire siipérieurémeUt, ovàlairé d’ avant èn arrière dàris son milieu, èt inférieurèmént ëllé deviént triangulaire.
Le docteur Earl à démontré {Philos, iransàci., 18^2), par des faits nombreux d’anatomie comparative, qu’il existé un rapport direct ét ëiâct entre l’étendüé des inbüvemens des vertèbres èt la grandeur ët la forme du cariai rachidien : ainsi, il est arrondi et rétréci dans là portion dorSale, dont la mobi¬ lité est presque nulle. Là pâ’ftie supérieure de là région cer¬ vicale, qui ést, au contraire ; d’uné mobilité très grande, pré¬ senté un cariai triangulaire d’un diamètre très considérable rèlàtivement à la grosseur du cordon nerveux qu’il renferme. Enfin, on trouve une disposition analogue dans la région lom¬ baire, qui est le centre de tous les moüvemens étendus dû tronc. L’étroitesse de la portion dorsale dè cè cànal hâté tou¬ jours les progrès de l’inflanimation de la moélle épinière, qui à son siège dans cette partie de l’organe; parce qu’elle s’oppoSfe à l’expansion de sou tissu. Les obsèrvalionS que j’âi recüeilliés, et celles du docteur Eârl, cririfirmenl cètte opinion.
F. Ossification et dévélo'ppetnient du rachis. — Chaque ver¬ tèbre së développe par trois points d’ossifieatirin. L’etactitüdé de cette observation, faite parlés anciens ariâtorriistés ; a été constatée par les modernés, bien que des vrièS théoriqüfes sur ce point /i’ostéogénié aient conduit à établir qu’il en ést au¬ trement. Ainsi, Meckel, après avoir dit aussi que, prîiriitivé- mènt, il existe trois centres d’ossification dans chaque ver¬ tèbre, un pour le corps et deux autres latéraux pour lés masses apophysaires , ajoute un peu plus bas : «L’examen dés
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vertèbres de jeunes embryons démontrera peut-être que le corps doit naissance à la réunion de deux moitiés latérales (^Manuel d’anat., 1. 1, p. 570, trad. fr.). «Cette prévision, toute systématique, ne tarda pas à se trouver confirmée par M. Serres, qui avança que le rachis était primitivement formé de deux moi¬ tiés latérales. J’ai démontré dans un autre article ( vojr. Mons¬ truosité, t. XX, p. 193) que cette assertion n’était fondée que sur défaussés apparences. Je ne reproduirai donc pas ici la discus¬ sion à laquelle je me suis livré à ce sujet ;j e rappellerai seulement qu’en 1820, Béclard s’était déjà élevé contre cette opinion, et avait même signalé la cause de l’erreur qui l’avait suggérée ; on avait observé des sujets trop jeunes, et pris les deux points os¬ seux des masses apophysaires qui se montrent les premiers pour lesrudimens du corps vertébral. Et, en effet, dit Béclard , chez les animaux qui ont une situation horizontale, le corps de la vertèbre, en étant la partie la moins importante, se développe le dernier par un point relativement plus petit, tandis que dans l’homme c’est l’inverse, surtout pour les vertèbres lom¬ baires sacrées et dorsales inférieures. Laissons donc de côté toutes ces conséquences de l’anatomie dite transcendante, et voyons ce que l’observation directe nous montre.
Chaque vertèbre présente, comme nous l’avons dit, trois points osseux primitifs : l’un antérieur, qui, par son dévelop¬ pement, forme le corps, et deux latéraux, qui constituent les masses apophysaires, et qui , réunis entre eux et avec le pre¬ mier, forment l’anneau vertébral ; en outre , chaque vertèbre est, à une époque plus ou moins reculée, complétée par plu¬ sieurs points complémentaires. Les recherches de Béclard , dont je ne rappellerai ici que les résultats généraux , ont fait voir que, entre le trente-cinquième et le quarantième jour de la vie intra-utérine, les cartilages d’ossification des vertèbres sont opaques et consistans à la partie supérieure des faces latérales et vers le milieu de la face antérieure du rachis. C’est entre quarante et quarante-cinq jours que l’ossification commence dans les vertèbres : elle débute dans les masses latérales ou apophysaires , et successivement de la première à la dernière vertèbre.
L’ossification du corps commence par un point impair pour chacune, au bas de la région dorsale, et s’étend de là dans les autres vers les deux extrémités du rachis. A quatre mois et
BÂtiUlS (ANAT. et PHYSIOL.). 33
demi , le corps des deux vertèbres supérieures du cou est en¬ core cartilagineux; à six mois, la seconde cervicale commence à s’ossifier; ainsi, l’on voit que le rachis s’ossifie dans sa partie tubulée de haut en bas , et dans sa partie solide ou pleine , du milieu vers les extrémités ; telle est la formation générale du rachis. Si maintenant nous examinons l’ordre de succession des progrès ultérieurs de l’ossification dans chaque vertèbre, nous verrons que les points osseux latéraux se soudent d’abord entre eux avant de se joindre au corps. Cette réunion commence un an environ après la naissance , et ce n’est guère que vers la fin de la quatrième année que leur union avec le corps est ac¬ complie. Les points complémentaires ne se montrent que vers l’âge de quinze à dix-huit ans; on en trouve ordinairement cinq, un pour chaque apophyse transverse, un pour l’apophyse épi¬ neuse, et deux autres pour le corps dont ils doivent former les deux faces supérieure et inférieure.
A partir de la naissance, le corps des vertèbres, dont les faces supérieure et inférieure sont long-temps convexes, ru¬ gueuses, continue de croître en hauteur. A dix-huit ans, il n’est pas encore achevé , et une partie du cartilage d’ossifi¬ cation s’en sépare si on veut l’en isoler par la macération des substances intervertébrales. Au même âge, on trouve les apo¬ physes épineuses , les apophyses transverses de toutes les ver¬ tèbres, et quelques-unes des apophyses articulaires supé¬ rieures des vertèbres lombaires, surmontées d’une épiphyse lenticulaire formée dans le sommet du cartilage d’ossifieation de ces parties. De vingt à vingt-cinq ans, le corps des vertè¬ bres présente deux épiphyses; ehacun de ees points secon¬ daires e.st circulaire , étroit, aplati de haut en bas; il est ap¬ pliqué sur le contour des deux surfaces planes du corps de chaque vertèbre; à cet âge , les épiphyses du corps des ver¬ tèbres sont réunies à lui, et l’ossification des vertèbres, ainsi que l’aeeroissement du rachis , sont achevés.
Chez les vieillards , les vertèbres subissent plusieurs chan- gemens remarquables : elles augmentent d’épaisseur dans leur circonférenee par l’ossification qui envahit suecessivement le contour des corps intervertébraux , et de cette transformation résulte le défaut de souplesse et d’élasticité du rachis. Entre les vertèbres ainsi soudées, ou voit, au centre du corps inter-* vertébral ossifié, des aréoles larges encore au milieu de quel- Dirl, de Méd. xxv», 3
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HACHIS (aNAT. et PHYSIOE.). ques filets osseux : c’est le lieu où existait la matière liquide centrale du fibro-cartilage. En outre, le corps des vertèbres diminue sensiblement de hauteur ; les cellules dont il est creusé s’agrandissent , et forment quelquefois une large exca¬ vation au centre de chaque corps vertébral.
L’évolution du rachis présente , sous le rapport de ses di¬ mensions et de sa forme, des différences remarquables avant et après la naissance. Il résulte des recherches de Béclard qu’à trois semaines de la vie intra-utérine, époque à laquelle l’embryon présente la première ébauche des membres sous l’apparence de bourgeons, et où il a environ quatre lignes , le rachis est au corps entier dans la proportion de 3 à 4 ; de trente à trente-cinq jours, époque où il a de douze à dix-huit lignes, la longueur du rachis est à la hauteur totale du corps comme 3 est à 5; de quarante à quarante-cinq jours, âge où il a de vingt-quatre à trente lignes , le rachis fait environ la moitié de la hauteur totale.
Vers deux mois, le fœtus a environ quatre pouces et trois lignes, et le rachis deux pouces ; à trois mois , le fœtus a en¬ viron six pouces de longueur, et le rachis est au corps entier comme 2 yg est à 6; à quatre mois et demi, le fœtus ayant environ neuf pouces , le rachis est au corps comme 4 est à 9 ; à six mois, le fœtus ayant environ douze pouces, le rachis est dans la proportion de 5 à 12; à sept mois et demi, le fœtus a environ quinze pouces de longueur, et le rachis est comme 6 i/g est à 15 ; enfin, à neuf mois ou à l’époque de la naissance, le fœtus a ordinairement de seize à vingt pouces, ou, terme moyen, dix-huit pouces de longueur, et le rachis est dans la proportion de 7 à 18.
Suivant quelques auteurs, le développement de la colonne vertébrale serait dépendant de celui de la moelle épinière; de sorte que l’arrêt de développement de ce centre nerveux dé¬ terminerait une imperfection analogue dans le rachis; mais des faits nombreux démentent cette assertion, et j’ai fait voir ailleurs ( Traité de la moelle épinière et de ses maladies, etc.) que, dans le spina bifida plus ou moins étendu, par exemple, il n’existe ordinairement aucun vice de conformation de la moelle épinière , dont lë développement est , au contraire , ♦très régulier avec cette imperfection des vertèbres.
Comme, dans le premier âge, la longueur de la colonne ver-
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lîACHIS (ANAT. et PHYSIOX.).
tébrale est proportionnellement plus grande que celle des au¬ tres parties du corps , et particulièrement des membres infé¬ rieurs , il en résulte que le tronc est alors relativement bien plus long qu’il ne le sera à une époque plus avancée de la vie, et cette différence influe d’une manière spéciale sur la stature générale des enfans nouveau-nés : ainsi , les plus grands sont ceux dont le rachis ale plus de longueur, tandis que chez l’a¬ dulte, quand raccroiss.ement est terminé, les différences de hauteur dépendent bien plus, comme nous l’avons dit, de la longueur des membres que de celle du tronc.
bisons en passant que la longueur du rachis est moindre chez la femme que chez l’homme, d’où il suit que, chez elle, le milieu du corps tombe au-dessous du pubis, tandis qu’il correspond à cette région chez l’homme adulte, et qu’il est intermédiaire au pubis et à l’ombilic chez le fœtus.
La hauteur du rachis du fœtus, relativement plus consi¬ dérable que celle des autres parties, est proportionnée à celle du crâne, dont les dimensions relatives sont égale¬ ment plus grandes chez le fœtus que chez l’adulte. La co¬ lonne vertébrale offre plus de largeur dans l’enfance que dans l’âge adulte, parce que son canal est plus élargi, ce qui est la principale cause de cette différence; mais en même temps toutes les parties de cette tige osseuse qui servent directement à la station et à la progression ne sont pas développées : ainsi, le corps des vertèbres est arrondi, peu volumineux; les apophyses peu développées, surtout les apo¬ physes transverses des vertèbres lombaires qui ont pour usage spécial de donner attache à des muscles dont l’action est in¬ dispensable pour le maintien de l’attitude verticale et les mou- vemens de progression.
De l’imperfection du développement des corps vertébraux, il résulte que le rachis est droit chez le fœtus, puisque les inflexions qu’il présente plus tard dépendent des différences d’épaisseur de ces os ; cependant, il faut te dire, assez souvent la tige vertébrale offre une courbure générale à concavité an¬ térieure. Ces différentes causes concourent à rendre la station impossible chez les jeunes sujets. Enfin , considéré dans son ensemble, le rachis n’a pas non plus, à cette époque, la forme d’une pyramide dont la base est en bas , et le sommet en haut; la portion cervicale est manifestement plus grosse que la por-
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RACHIS (aNAT. et PHYSIOL.). lion lombaire , qui est d’une grosseur égale à celle de la région dorsale. Ce développement imparfait de la région lombaire coïncide avec celui du bassin, qui est alors également très im¬ parfait, et dont les usages se confondent ayec ceux de cette partie du rachis.
Avec les progrès de l’âge , les caractères généraux des ver¬ tèbres se prononcent davantage, et le rachis présente la con¬ formation que nous avons décrite précédemment; par suite de l’extension de l’ossification , les trois pièces de ces os se réu¬ nissent , le corps s’aplatit, les apophyses deviennent saillantes, et l’enfant, qui jusque-là n’avait pu se soutenir sur ses jambes, et maintenir la colonne vertébrale dans une rectitude parfaite , peut marcher et conserver une station verticale. Chez le vieil¬ lard, les vertèbres semblent s’affaisser, les fibro-cartilages s’atrophient, s’encroûtent de concrétions calcaires ; les muscles postérieurs du tronc perdent de leur force; le rachis s’infiéchit en avant, et comme le bassin se trouve successivement porté de plus en plus en arrière, les jambes et les genoux se portent en avant pour maintenir le centre de gravité, de sorte que cette saillie des genoux antérieurement est d’autant plus pro¬ noncée, que le rachis est plus courbé dans le même sens.
G. Vaisseaux rachidiens. — Parmi les vaisseaux qui se distri¬ buent au rachis, les veines seules méritent de fixer notre atten¬ tion ; elles formentdeux gros troncs qui remontent le long delà face préspinale du canal médullaire, appliquées sur les côtés du corps des vertèbres , entre les trous de conjugaison et les ori¬ fices par lesquels sortentles veines qui parcourent les corpsver- tébraux, et qui s’ouvrenf dans ces deux grandes veines, véri¬ table confluent de toutes celles de cette région. Elles s’étendent depuis les dernières vertèbres du sacrum jusqu’à l’occiput et aux sinus latéraux du crâne-, réunies à la hauteur de chaque vertèbre par un rameau transversal, elles naissent des veinules qui sortent des muscles et des parties molles situées dérrière le sacrum et le coccyx ; et en remontant derrière le corps des ver¬ tèbres, couvertes par le surtoutligamenteux postérieur, elles re¬ çoivent successivement les veines dorso-spinales qui forment deux plans extérieurs au rachis, décrits par M. Breschet, les ramifications du réseau veineux rachidien situé sur la face spi¬ nale du canal vertébral à l’extérieur de la dure-mère, et enfin les rameaux qui viennent de la moelle épinière elle-même. Ar-
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BACHIS (ANAT. et PHYSIOE.).
rivées à la portion cervicale du canal , les grandes veines mé- ningo-rachidiennes se dilatent singulièrement, se rétrécissent ensuite au niveau des premières vertèbres de cette région , se portent sur les parties latérales et antérieures du trou occi¬ pital, et gagnent le golfe des veines jugulaires internes dans lesquelles elles se terminent. ' *
H. Structure des vertèbres. — Le corps des vertèbres est re¬ couvert d’une couche excessivement mince de tissu compacte; si l’on y pratique avec «ne scie fine une section verticale, afin d’examiner le tissu que cette lame osseuse enveloppe, on aper¬ cevra la disposition suivante : la zone moyenne est occupée par de larges lacunes ou cellules allongées qui reçoivent les vais¬ seaux veineux; de cette région partent des canalicules plus étroits rapprochés comme les tuyaux d’un jeu d’orgue, diri¬ gés parallèlement à l’axe du canal vertébral , et se rendant, ceux de la zone supérieure à la surface supérieure, ceux de la zone inférieure à la surface correspondante. Ces canalicules communiquent très fréquemment entre eux , ce qui , au premier aspect , donne à la structure intime une apparence de spongio¬ sité; mais un examen plus attentif fait bientôt reconnaître la disposition que nous venons de signaler, et qui a été figurée et décritè pour la première fois par M. Gerdy {Bulletin thérapeuti¬ que, 1®"' sept. 1835). Une section horizontale fait voir les ori¬ fices béants de cette multitude de’,petits tubes qui constituent la trame de la substance osseuse. Nous aurons occasion de rappeler ces détails à propos de la pathologie du rachis. La substance des apophyses , mais surtout celle des lames , ren¬ ferme plus de tissu compacte que de tissu canaliculé : c’est à la grandeur et au nombre des canalicules, dont le corps des vertèbres est criblé, que ces os doivent leur légèreté.
I. Du rachis dans la série animale. — La présence Ou l’ab¬ sence du rachis constitue la base d’une grande division dans le règne animal : c’est sur ce fait qu’est établie la distinction des animaux vertébrés et invertébrés. A la classe des vertébrés ou animaux articulés en dedans, comme les appelle M. de Blain- ville, se rattache toute la série des êtres auxquels une orga¬ nisation. plus compliquée a donné un rang plus élevé dans l’échelle zoologiqiie. Chez eux, la chaîne rachidienne, qui est la partie centrale du système osseux, a servi de type gé¬ néral aux naturalistes , à cause de son existence constante ; du
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reste, elle présente de notables différences, suivant les di¬ verses classes d’animaux. Ainsi, dans tous les vertébrés infé¬ rieurs ou à sang froid, il n’y a ordinairement que deux régions ; une costale ou thoracique, et une caudale ou coccygienne; les chéloniens et sauriens proprement dits font seuls exception , car ils ont des vertèbres cervicales qui sont, pour les derniers comme pour les mammifères , au nombre de sept. Le nombre des vertèbres varie beaucoup dans ces différentes classes d’a¬ nimaux : il est ordinairement très considérable chez les pois¬ sons, mais surtout chez les reptiles Ophidiens. Chez les oiseaux, les pièces dorsales et sacro-lômbairés sont presque toujours soudées entre elles, surtout par leurs apophyses épineuses , de manière à constituer un tout continu, ce qui donne au dos une immobilité utile à l’auimal dans l’action de voler; dans la classe des mammifères, elles sont, au contraire, mobiles; les vertèbres de ces derniers se rapprochent d’ailleurs beaucoup , à part le nombre, de. celles de l’homme.
.1. Fonctions du. rachis. — Le rôle complexe que jOue la co¬ lonne vertébrale dans l’économie vivante avait été assez bien appréciée dans l’antiquité. Ainsi Galien, qui, suivant toutes les probabilités, devait à l’école d’Alexandrie les lumières qu’il possède sur l’anatomie et la physiologie, entre dans des détails très circonstanciés sur les fonctions du rachis {Deusu partium, lib. xii, cap. 11 ad 16, et iib. xiii , cap. 1 ad A). Il fait voir, 1“ que le rachis sert de rempart à la moelle épinière , qu’il forme la paroi solide du ventre, et offre un point d’appui aux intestins; 2° que la division du rachis en une multitude de pe¬ tits os a pour but la mobilité du tronc, qui autrement eût été comme celui d’un homme empalé ; 3“ que de ces brisures rap¬ prochées résulte un mouvement en ligné courbe, et non une flexion angulaire dans laquelle la moelle épinière eût été lésée; 4° que le mode d’union des vertèbres explique comment le corps peut être fléchi en avant et non en arrière ; 5“ il fait voir enfin combien il était important que les fibres musculaires fussent insérées à chaque vertèbre en particulier et oblique¬ ment, afin que du mouvement partiel et faible de chaque pièce osseuse résultât un mouvement considérable, etc... Or^ comme nous allons le voir, les modernes n’ont guère fait que con¬ firmer l’exactitude de ces observations.
Les fonctions du rachis peuvent être rapportées à trois chefs
RACHIS (anat. et physiol.). 39
principaux : 1° le rachis forme un étui protecteur à la moelle épinière ; 2“ il sert à la station en transmettant aux parties inférieures le poids des parties supérieures; 3° enfin, il est un des instrumens de la locomotion.
1® Contrairement à l’opinion émise par quelques anatomistes modernes, Winslow considérait le canal vertébral comme une espèce de crâné allongé et articulé destiné à contenir la moelle (Exposit. anat., 1. 1, p. 172; Paris, 1776, in-12). Dans cette enveloppe solide que le rachis fournit à la moelle épi¬ nière, tout est disposé, dans. les connexions multipliées des vertèbres entre elles, pour ajouter à la solidité de ce canal osseux; en effet, elles sont unies par des ligamens très résistans qui ne laissent à chacune d’elles que peu de mobilité, tandis que la réunion de ces mouvemens partiels produit un mouvement général très marqué ; d’ùn autre côté, la multiplicité des pièces qui constituent le rachis augmente la résistance que cette por¬ tion du tronc oppose aux violences extérieures, car l’effet d’un choc, par exemple, se trouve décomposé entre ces arti¬ culations nombreuses. L’action protectrice du canal rachidien est encore augmentée par les parties osseuses elles-mêmes. Ainsi, en avant, c’est l’épaisseur des corps des vertèbres; en arrière , la saillie des apophyses épineuses ; sur les côtés , celle des apophyses transverses, et le mode de jonction, par surfaces obliques, des apo^jhyses articulaires entre elles. Enfin, comme nous l’avons dit plus haut, il existe un rapport direct entre la largeur du canal vertébral et l'étendue des mouvemens dans chaque région , d’où il résulte que , dans les mouvemens les plus considérables , la moelle épinière ne peut être comprimée, quelle que soit la courbure que forme le rachis lorsqu’il est fortement infléchi. En résumé, comme le dit Bichat , « il y a une très grande différence entre la manière dont la colonne vertébrale et le crâne protègent, dans l’adulte , les deux portions du système nerveux qu’ils renferment : dans l’un, c’est en cédant par une foule de petits mouvemens par¬ tiels qui absorbent le mouvement; dans l’autre, e’est en sou¬ tenant les efforts extérieurs à la manière des voûtes» {Anat. descriptive, 1. 1, p. 162, édition).
2® Dans la station et la progression, le rachis fait l’office d’une tige flexible destinée à transmettre aux parties inférieures le poids des parties supérieures. Sans entrer dans des détails
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ItACHi» (ANAÏ. et l'HÏSlOL.). que l’on trouvera au mot Aïtitüde, je rappellerai ici que, pour apprécier l’équilibre du racbis dans la station et la progres¬ sion , il faut considérer ce qui se passe dans chaque vertèbre en particulier ; chacune d’elles est un levier du premier genre , dont le point d’appui est très près de la face postérieure du corps de la vertèbre; la résistance représentée par les organes placés au devant du rachis , et par les membres thoraciques ; la puissance, par les muscles postérieurs du tronc.
Notons que, parmi ces muscles, il y en a qui tendent à flé¬ chir légèrement les vertèbres latéralement ; mais quand ils agissent avec leurs homologues, iis concourent seulement à maintenir ces os l’un sur l’autre. Le poids de toutes les parties placées au devant du corps des vertèbres allonge ainsi le bras de la résistance jusqu’à la partie antérieure du corps vertébral, et la résultante de toutes ces pesanteurs , c’est-à-dire la ligne ou le centre de gravité, passe plus ou moins près de la partie antérieure du corps des vertèbres , suivant l’état de maigreur ou d’embonpoint des individus.
Mais, dans son ensemble, le rachis représente un levier du troisième genre , dont le point d’appui est au bassin, la résis¬ tance à la partie supérieure, et la puissance dans les muscles du bassin qui s’attachent à des points plus ou moins élevés de la colonne épinière. Les trois courbures du rachis permet¬ tent des mouvemens d’oscillation assez étendus, pendant les¬ quels le centre de gravité ne se trouve pas hors de la base de sustentation. Mais cette disposition n’existe que dans les ani¬ maux chez lesquels la station droite est possible, et particu¬ lièrement chez l’homme ; le rachis est de la sorte analogue à un ressort infléchi diversement suivant sa longueur. Quant à la pression que peut supporter cette lige osseuse , on concevra facilement qu’elle puisse être très considérable quand on réflé¬ chit qu’il est reconnu en statique que, de deux colonnes égales en épaisseur et en hauteur, celle qui est formée de plusieurs pièces superposées résiste plus à l’écrasement que celle qui est formée d’une seule pièce. Les diverses courbures rachi¬ diennes , en amenant des décompositions de forces, concourent au même but; en outre, la présence d’un liquide visqueux et incompressible dans les aréoles du tissu spongieux et élasti¬ que qui remplit le centre des disques intervertébraux est une condition qui, avec la forme pyramidale du rachis , ajoute
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RACHIS (i\NAT. ET PHYSIOL.).
encore beaucoup à sa force de résistance ; tout , dans la struc¬ ture anatomique de la colonne vertébrale, concourt donc, comme on le voit, à sa solidité.
3® Le mécanisme de la colonne vertébrale dans les différens moiivemens du tronc mérite de nous arrêter un moment. Le ra¬ chis peut se fléchir dans différens sens, exécuter un mouve¬ ment de rotation, etc. Dans la flexion, la colonne vertébrale se courbe comme un arc que l’on tend, et devient concave d’un côté et convexe de l’autre; alors les corps des vertèbres se rapprochent du côté concave, tandis qu’ils s’écartent du côté opposé. Les mouvemens de flexion doivent donc être consi¬ dérés comme la conséquence d’une série de mouvemens par¬ tiels qui se passent dans chaque vertèbre. Bien que ces der¬ niers, pris séparément, soient assez obscurs, on conçoit que de leur somme résulte , comme je l’ai déjà dit, un mouvement assez considérable.
Dans la flexion du tronc sur lui-même, dit M. Gerdy, l’appui et le centre des mouvemens des vertèbres se trouvant toujours entre leurs corps, c’est-à-dire dans les ligamens intervertébraux, lespuissances essentielles se rencontrant, en outre, constam¬ ment du côté de la flexion, et les résistances dans les muscles et les parties ligamenteuses qui appartiennent au côté opposé des vertèbres; ces os, pris chacun en particulier, représentent des leviers du premier genre dont les forces changent de rôle sui¬ vant le sens, de l’inclinaison du rachis., tandis que la colonne entière se meut comme un ressort, et non point comme un le¬ vier, ainsi que l’enseignait Bichat : car un des caractères du le¬ vier c’est d’être inflexible ou du moins sensiblement inflexible (Phfsiol. méd.j t. i, p. 513). Nous n’avons point à indiquer ici la part que prennent dans les mouvemens les différens mus¬ cles antérieurs, latéraux ou postérieurs insérés autour du ra¬ chis, les moindres notions anatomiques l’indiquent suffisam¬ ment quand on a bien compris ce qui précède. Notons seule¬ ment que, d’après la disposition des parties, on doit voir déjà que les mouvemens les plus considérables se passent dans les régions cervicales et lombaires, là où les vertèbres ne sont pas profondément enclavées les unes dans les autres comme elles le sont à la région dorsale. Aux lombes, la mobilité est d’autant plus obscure qu’on l’examine plus inférieurement.
Enfin, dans la rolalion ou torsion du tronc sur lui-même, les
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■vertèbres soumises à des tractions latérales agissant en sens inverse, tournent un peu les unes sur les autres autour d’un . axe vertical qui passe par leur centre.
K. Les vices de conformation du rachis sont le plus souvent bornés à une partie de sa longueur; cependant celte colonne osseuse peut manquer presque complètement, comme on le voit dans les acéphales réduits au bassin et aux membres in¬ férieurs : mais le plus ordinairement alors la région cervicale seule, ou avec celle-ci la portion dorsale, en tout ou en partie, fontdéfaut(t>n/. Acéphalie). On avu aussi l’absence de quelques vertèbres du cou quand la tête était incomplètement dévelop¬ pée, comme dans l’anencéphalie {vojr. ce mot). Des défectuosi¬ tés plus communes sont celles qui ne portent que sur une ou plusieurs vertèbres; suivant Meckel, les désordres seraient plus rares à la région cervicale que partout ailleurs, et cette circonstance résulterait de la constance du nombre des ver¬ tèbres cervicales chez les mammifères: d’après ce que j’ai ob¬ servé, je ne pense pas que les faits d’anatomie anormale soient bien d’accord avec les vues théoriques du savant professeur de Halle. Tantôt les lames postérieures de quelques vertèbres ne se soudent pas, et se déjettent en dehors comme dans le spina bifida. Cette direction vicieuse a souvent fait penser qu’il y avait alors absence de ces lames. Tantôt ce sont des portions d’une vertèbre qui ne sont pas développées : tantôt le développement n’a pas eu lieu comme d’habitude, une des apophyses épineuses ou transyerses forme un os séparé. J’ai déjà indiqué la plupart de ces vices de conformation à l’article Hydrorachis (voy. ce mot). D’autres fois, quelques vertèbres d’une région perdent leurs caractères pour prendre ceux d’une autre région, et ordinai¬ rement ce changement a lieu entre des vertèbres voisines. Ainsi, que plusieurs des dernières côtes viennent à manquer, les ver¬ tèbres dorsales correspondantes prendront l’aspect des lom¬ baires, et réciproquement. On voit aussi, dans d’autres cas, les dernières lombaires se souder, et revêtir la physionomie des fausses pièces du sacrum. L’obliquité d’une vertèbre peut dé- jicndre d’une différence de hauteur entre ses deux côtés : si cette inégalité d’épaisseur du corps de la vertèbre n’est pas compensée par une différence en sens inverse dans une ver¬ tèbre voisine,’ il en résulte une incurvation du rachis dans le point correspondant. Enfin, il peut y avoir augmentation dans
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le nombre des vertèbres , j’eù ai trouvé vingt-cinq sur des su¬ jets régulièrement conformés : dans les deux cas où j’âi fait cette observation, la vertèbre surnuméraire appartenait à la région lombaire. Je dois, à ce sujet, rapporter ici un fait qui se rattache aux conditions générales des monstruosités, c’est que la pièce, ou les pièces osseuses surnuméraires, sont tou¬ jours placées entré les vertèbres, et jamais, complètement ou incomplètement, à côté de ces os.
§11. Maladies du rachis. — Nous les partagerons en trois sec¬ tions : dans la première, nous traiterons des lésions trauma¬ tiques, fractures et luxations ; dans la seconde, sous le titre de lésions vitales, nous comprenons la carie vertébrale, les di¬ verses productions accidentelles (cancer, tubercules), l’anky¬ losé, etc... ; enfin, la troisième renferme l’histoire des dévia¬ tions du rachis.
I. Lésions tradmaTiqués. — Les auteurs décrivent ordinaire¬ ment à part , et èn autant d’articles séparés , les entorses , les luxations et les fracturés de la colonne vertébrale; mais la simultanéité fréquente de ces diverses lésions sur le même in¬ dividu, l’identité des causes qui les produisent, des symptômes qui les annoncent, et du traitement qu’elles féclainent, m’en¬ gagent à les réunir en un seul et même chapitre : toutes ont , d’ailleurs, pour caractère commun d’emprunter leurs phéno¬ mènes principaux et la gravité du pronostic à la lésion de la moelle épinière. Que celle-ci se trouve ébranlée, contuse , comprimée par un épanchement sanguin, par un fragment de vertèbre brisée , ou par un de ces os déplacé, ce sont toujours, à quelques nuances près, les mêmes symptômes généraux. Les différences portent donc spécialement sur les désordres locaux; dussi vont-ils fixer toute notre attention.
Causes. — Les causes des lésions traumatiques de la colonne vertébrale sont le plus souvent des violences extérieures qui agissent sur elle d’une manière directe ou indirecte : ainsi, tan¬ tôt la région .cervicale, dorsale ou lombaire, est violemment frappée par le choc d’un corps pesant, tel qu’une pièce de bois, un projectile lancé par la poudre à canon, ou bien par un éboulement considérable de terre, de pierres, comme il ar¬ rive si souvent dans les carrières; ailleurs, c’est une chute à la
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reuverse d'uulieu plus ou moins élevé, d’un arbre, d’un écha¬ faudage, d’une fenêtre, etc., chute dans laquelle la partie pos¬ térieure du corps rencontre une saillie, telle qu’une grosse pierre, une solive, une barre de fer, l’arête aiguë d’une marche d’escalier, etc.
Dans d’autres cas, c’est une pression très forte, ou bien une flexion forcée de la colonne vertébrale , comme lorsqu’un in¬ dividu tombe assis sur les fesses, la tête étant chargée d’un fardeau pesant. Les fractures par contre-coup sont plus rares ; cependant on peut citer, d’après le mémoire posthume de Louis {Archives gén. de méd., 3® série , t. xi, pi 420), l’observa¬ tion d’un homme qui se fractura la dernière vertèbre dorsale en tombant du haut d’un arbre debout sur ses pieds. J’ai vu plusieurs exemples de fractures des vertèbres lombaires à la suite de chutes faites sur le siège d’un lieu plus ou moins élevé. .
Il n’est pas impossible qu’un effort musculaire violent amène une rupture des ligamens, et même, dans la région cervicale, la luxation incomplète d’ùne vertèbre qui effectue un mouve¬ ment de demi-rotation; mais il est difficile de croire qu’une pa¬ reille cause puisse produire une fracture. Cependant on a cité comme exemple de ce dernier fait l’observation suivante : Un soldat s’étant aperçu, au moment où il plongeait, que l’eau était peu profonde, et qu’il allait se heurter le front contre des pierres , fit un mouvement brusque pour porter la tête en ar¬ rière, et se fractura la cinquième vertèbre cervicale en travers, un peu au-dessous du milieu de sa hauteur, de sorte que les deux lames de cette vertèbre étaient séparées des deux masses latérales {Archiv. gén. de méd., t. xiii, 449, ann. 1827). Mais n’est-il pas très vraisemblable que, dans ce cas, le choc que ce soldat voulait éviter a eu lieu réellement, et que le renversement forcé de la tête en arrière en a été le résultat? Il est encore quelques causes particulières dont nous parlerons à propos des différentes lésions que nous aurons à examiner.
Anatomie pathologique. — Les lésions traumatiques peuvent intéresser, soit les vertèbres seulement, soit leurs ligamens, soit les uns et les autres simultanément.
I. Les fractures des vertèbres peuvent exister dans toutes les parties qui constituent ces os ; quelquefois il n’y a que les apophyses épineuses qui soient intéressées. Elles peuvent être brisées à différentes distances de leur union avec les lames
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vertébrales , présenter une seule solution de continuité, ou bien un véritable écrasement : ce dernier cas a lieu sur¬ tout quand un corps contondant vient frapper obliquement la saillie des apophyses épineuses. 1! est rare que ces fractures guérissent sans difformité ; mais cette conséquence est de peu d’importance. Il est, d’ailleurs, impossible de réduire et de maintenir réduites les pièces osseuses : les faisceaux fibreux et musculaires qui s’y attachent les accolent aux parties latérales des lames avec lesquelles les sucs osseux épanchés autour de la fracture finissent par les faire adhérer. A. Cooper cite un cas de cé genre, ün enfant ayant passé sa tête entre les rayons d’une roue pour la soulever, celle-ci tomba, et renversa l’en¬ fant comme plié en deux : l’état des parties annonçait mani¬ festement une fracture de plusieurs apophyses épineuses ; les muscles n’étaient déchirés que d’un côté, ce qui donnait aux fragmens une direction oblique. Le malade guérit sans accident, mais sans que l’on ait pu redresser les apophyses ( Œuvres chir. de A. Cooper, traduction de MM. Chassaignac et Richelot, p. 188). Le même auteur rapporte (ibid.), d’après Aston Key, l’exemple assez curieux d’une fracture ancienne de l’apophyse épineuse de la troisième vertèbre dorsale, dont les fragmens étaient réunis, ou plutôt maintenus séparés par une fausse articulation : il y avait une membrane synoviale, un ligament articulaire, et les deux surfaces osseuses en contact étaient revêtues d’un cartilage mince.
D’autres fois, et le cas est plus rare, les lames sont elles- mêmes fracturées : on comprend tout le danger qui peut ici résulter du déplacement des fragmens, car alors la moelle peut se trouver comprimée, contuse ou déchirée par des as¬ pérités aiguës ; quand les masses apophysaires sont elles- mêmes brisées , un tel effet résulte toujours d’une cause très violente qui étend son action à la moelle épinière, et alors il n’est pas rare d’observer un certain déplacement , surtout si la solution de continuité porte sur les apophyses articulaires. Dupuytren en a rapporté un exemple. Les apophyses épineuses transverses et articulaires des trois dernières vertèbres cervi¬ cales étaieutfracturées, les ligamens qui les unissent déchirés : il en résultait une mobilité fort remarqua’ole du rachis d’avant en arrière : dans ce cas, la moelle épinière était réduite en un putrilage sanguinolent.
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Oa comprend que, par suite de leur situation profonde, les apophyses transverses soient bien rarement fracturées seules ; cette lésion isolée ne peut guère être produite que par l’effet d’un projectile lancé par la poudre à canon.
Mais les fractures les plus graves et les plus intéressantes à étudier sont celles dontle corps des vertèbres est le siège ; tantôt il y a simplement fracture transversale sans déplacement ; d’autres fois, et ce cas n’est pas rare, la fracture est oblique, et cette disposition favorise un déplacement entre les fragmens, dont l’un glisse en avant, et l’autre en arrière ; dans cette circonstance, si la violence qui a causé la fracture continue d’agir, la pression en sens inverse des deux portions de la ver¬ tèbre fracturée sur les apophyses articulaires des vertèbres voisines entraîne leur rupture, on même celle des éminences osseuses correspondantes de l’os déjà fracturé dans son corps. Des effets semblables peuvent avoir lieu quand la solution de continuité est horizontale : j’en ai rapporté un exemple dans mon Traité des maladies de la moelle épinière (t. l, p. 319, 3® édit.). Dans certains cas , Je corps de la vertèbre est brisé comminulivement; un ou plusieurs fragmens peuvent alors faire saillie dans le canal vertébral , et léser d’une manière fort grave la moelle épinière.
Enfin, il peut y avoir un véritable écrasement du corps de la vertèbre, comme on le voit dans les exemples suivans. Au mo¬ ment où une jeune ouvrière passait dans une rue, une femme de soixante-dix ans, qui, dans un accès de fièvre cérébrale, s’était précipitée par la fenêtre d’un cinquième étage, lui tombe sur le dos. Après divers accidens , dont nous n’avons pas à nous occuper ici, cette jeune personne succomba, et, à l’au¬ topsie, je trouvai une saillie de l’apophyse épineuse de la quatrième dorsale résultant de la destruction du fibro-carti- lage qui unit cette vertèbre à la cinquième et de la di.sparition presque complète du corps de cette dernière, disparition due à une véritable résorption du tissu osseux, à la suite de l’écra¬ sement du corps de la cinquième vertèbre (voyez mon ouvrage, 1. 1 , p. 306). Voici un autre fait. Un porteur d’eau est renversé par un tonneau pesamment chargé, dont le bord vient le frap¬ per avec violence à la partie inférieure de la région dorsale. Il meurt au bout de soixante jours. Autopsie : le rachis, courbé en avant , formait un angle rentrant au niveau de la onzième
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vertèbre dorsale; les apophyses épineuses de la onzième et de la douzième, écartées d’un travers de doigt, faisaient saillie en arrière; le corps delà douzième vertèbre éta\i écrasé, àe telle sorte que la face antérieure n’avait plus que quelques lignes de hauteur, tandis que la face postérieure était intacte; la plus grande partie du tissu spongieux avait disparu; la onzième vertèbre, entraînée par la violence du choc, avait subi, en avant, un léger déplacement {ibid., p. 331 ). Le musée Dupuytren renferme deux pièces analogues fort intéressantes , dont la description a été. très exactement donnée dans le cata¬ logue raisonné de ce muséum (t. i, n“ 1 et 2).
On comprend qu’une fracture simultanée du corps et des autres parties d’une vertèbre puisse entraîner les désordres les plus graves : les détails qui précèdent suffisent pour en donner une idée.
Lorsque l’individu a vécu assez long-temps après l’accident, une consolidation peut s’être effectuée entre les deux frag- mens que l’on retrouve à l’autopsie réunis par un cal osseux qui affecte quelquefois les formes les plus variées : toutefois, ce mode de consolidation n’existe pas toujours, quoiqu’on en observe toutes les apparences. Dans la pièce n" 2 du musée Du¬ puytren, le corps de la seconde vertèbre lombaire est affaissé et entouré d’un anneau osseux qu’au premier aspect on pour¬ rait prendre pour une virole analogue à celle du cal , mais- qui n’est autre chose que le rebord supérieur du corps de cette même vertèbre qui a été écrasée par la pression de la pièce osseuse supérieure, et refoulée de manière à servir d’étui à la vertèbre qu’elle surmontait auparavant.
II. Les ligamens qui unissent les différentes pièces du rachis peuvent être seuls intéressés : tantôt il y a seulement distension violente, tiraillement, distorsion de leurs fibres, comme dans l’entorsé: tantôt il y a rupture, soit de quelques-uns, soit de tous les ligamens.
Les ligamens jaunes des lames vertéjjrales peuvent même quelquefois être, seuls déchirés : en voici un exemple peut- être unique dans les annales de la science. Un homme pris de vin fait une chute violente, on le relève paralysé, et il succombe le cinquième jour à des phénomènes d’asphyxie. A l’autopsie, on trouve une infiltration sanguine dans les muscles des gouttières vertébrales; au niveau de la région cervicale, le
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ligament jaune unissant la troisième vertèbre cervicale à la quatrième était entièrement détaché de cette dernière. La moelle épinière était ramollie, etc. Ainsi, le seul désordre du côté du rachis consistait dans la rupture du ligament jaune {Joum. de Corvisart^ t. xiii, p. 343, obs. de M. L’Hérissé).
Les faisceaux qui unissent les apophyses articulaires et les fibro- cartilages intervertébraux peuvent être déchirés, et alors, tantôt les deux vertèbres contiguës, d’abord séparées par le fait de la violence, reprennent ensuite leurs rapports naturels , tantôt un écartement persiste entre elles, tantôt, enfin, il y a un véritable déplacement entre les surfaces arti¬ culaires correspondantes.
U écartement est désigné par plusieurs auteurs sous le nom de diastasisj pard’autre.s sous celui de subluxation. Voici la dis¬ tinction que Ch. Bell établit à cet égard, La rupture des ligamens a lieu, suivant lui, spécialement chezles jeunes sujets, et elle est déterminée par l’action d’une force qui, à un âge plus avancé, causerait la fracture du corps des vertèbres. Si, par exemple, un poids placé sur la tête, ou sur les épaules, est assez lourd pour les infléchir fortement, les apophyses articulaires de la vertèbre supérieure sont alors violemment arrachées de leurs articulations. Qu’à la suite de ce déplacement instantané elles repi-ennent leurs rapports naturels, il y aura seulement dias- tasis; mais quelquefois les bords des facettes articulaires se rencontrent par suite de l’obliquité de leur direction, et il en résulte un écartement de quelques lignes entre les deux vertè¬ bres, écartement qui constitue la. subluxation (Ch. Bell, Obsere. on injuries of the spine^ etc., p. 9 et tt). Une pièce anatomique déposée au muséum de l’hôpital Saint-Barthélemy de Londres, vient à l’appui de cette théorie de la subluxation {Œuvres d’A. Cooper, loc. cit., p. 191, Note des traducteurs).
Le déplacement a Heu de différentes manières. Il n’est pas rare de voir une vertèbre exécuter un mouvement de demi- rotation sur celle qui est placée immédiatement au-dessous d’elle , de telle sorte que l’une des apophyses articulaires vient s’engager au devant de celle avec laquelle elle était unie. L’arc de cercle qui se trouve décrit dans ùn pareil mouvement a pour centre l’une des articulations inter-apo- physaires, et pour rayon le diamètre de la vertèbre. Cet ac¬ cident peut avoir lieu sans fracture des saillies articulaires,
BACHIS (lésions trabmatiques). 49
et il peut résulter d’ua simple effort musculaire, du moins à la région cervicale. Ainsi, Desault cite l’exemple bien connu de cet avocat qui, tournant brusquement la tête pour voir la personne qui entrait dans son cabinet, resta dans cette posi¬ tion. Chopart a mis sous les yeux de Boyer un fait semblable arrivé chez un enfant, tandis que celui-ci faisait une culbute. Le musée de l’hôpital Saint-Barthélemy renferme un cas de ce genre. L’apophyse articulaire inférieure droite de la cin¬ quième vertèbre cervicale est luxée en avant, la portion delà colonne rachidienne située au-dessus a subi une torsion à gauche, et le corps de la cinquième vertèbre, luxé incomplè¬ tement, déborde celui de la sixième (A, Cooper, loc. cit., p. 191, note des traducteurs). M. Diday a inséré une observation ana¬ logue dans les Bulletins de la Société anatomique (année 1836, p. 111); ici, la troisième vertèbre cervicale portée au devant de la quatrième faisait une saillie de plus de trois lignes; son apo¬ physe articulaire inférieure droite , fracturée dans l’étendue de deux lignes seulement à son extrémité, était engagée au devant jde l’apophyse articulaire supérieure correspondante de la quà- rième du cou. 11 y avait encore là, comme on le voit, un mouvement de rotation partielle.
Dans d’autres circonstances, le déplacement a lieu d’arrière en avant ; les deux apophyses articulaires inférieures d’une ver¬ tèbre se sont séparées des apophyses correspondantes de la vertèbre située au-dessous, et ont été entraînées au devant de celle-ci. Ce mouvement est plus ou moins considérable; les deux faits suivans, que j’ai rapportés dans un autre ouvrage, en of¬ frent des exemples. Un porteur d’eau ayant unsac de farine sur la tête et les épau les , et voulant le déposer à terre, s’assied, s’incline fortement en avant, le sac entraîne aussitôt la tête , qui est vio¬ lemment fléchie sur le thorax. Un craquement se fait entendre : paralysie, etaubout de trente-six heures mort par suffocation. Le ligament intervertébral qui unit les sixième et, septième ver¬ tèbres cervicales était rompu, ainsi que les ligamens jaunes et inter-épineux correspondans. Le corps de la sixième vertèbre dépassait en avant celui de la septième, mais ces deux os tenaient solidement aux vertèbres voisines ( Traité des mal, de la moelle épinière, loc. cit., p. 284). Un maçon , en descendant un escalier, tomba à la renverse de telle sorte que la partie postérieure du cou vint frapper contre l’angle d’une marche : mort au bout Dict. de Méd. xxyn. 4
aü RACHIS (lésions TRAüMATIQCES).
de vingt-quatre heures. Le i-achis mis à découvert, on troüva un écartement d’un pouce entre les apophyses épineuses de la cinquième et de la sixième vertèbres cervicales, leurs lames étaient séparées, les ligamens jaunes rompus; la cinquième ver¬ tèbre, portée en avant, avait abandonné ses rapports articulaires avec la sixième, et son corps était venu se placer en avant de celui de cette dernière {ibid.j p. 276).
M. Lawrence a vu un cas dans lequel, après une chute vio¬ lente sur les fesses avec un fardeau sur la tète, l’individu étant mort, on reconnut que le sommet bifurqué de l’apophyse épi¬ neuse de la quatrième cervicale reposait sur la base de l’apo¬ physe correspondante de la vertèbre inférieure; le corps de la vertèbre supérieure débordait en avant de toute son épaisseur, les ligamens étaient seuls rompus. Une circonstance qui rend ce fait intéressant, c’est que rien à l’extérieur ne pouvait faire présumer un pareil déplacement (A. Cooper, note des trad., p. 192). Dupuytren a rapporté aussi un exemple de luxa¬ tion en avant de la sixième vertèbre cervicale sur la septième. Ici, les ligamens qui unissent les vertèbres situées au-dessus de la sixième avaient leur solidité ordinaire, mais ceux de la septième avec la première dorsale étaient notablement rel⬠chés, d’où résultait une mobilité anormale entre les deux os {CLiniq. chirurg., 1. 1, p. 393).
Dans l’observation suivante, le déplacement avait lieu en ar¬ rière. Un matelot tombe d’une certaine hauteur sur la tête et sur le dos, et meurt par asphyxie cinquante-cinq heures après l’accident. Le corps de la cinquième vertèbre cervicale était luxé en arrière , et ’ reposait sur les lames et l’apophyse épi¬ neuse de la sixième. Les ligamens et le fibro-cartilage étaient rompus , il n’y avait pas de fracture [Arch. gén. de méd., 3® sér., t. V, p. 234).
Enfin, le déplacement en avant peut s’accompagner d’un mouvement de rotation d’un côté ou de l’autre : j’ai rapporté un fait de ce genre dans mon Traité des maladies de la moelle épinière (t. l, p. 294); la lésion datait de plusieurs mois, et un cal osseux demi-circulaire unissait les deux vertèbres déplacées.
111. Lorsqu’il y a en même temps fracture et luxation de plusieurs vertèbres, il existe alors des désordres très variés. Cependant, il est bien rare d’observer dans ce cas un chevau¬ chement complet d’une ou plusieurs vertèbres. Dupuytren en
RACHIS (lésions TRAÜMATIQÜES). 51
a observé un exemple qu’il a publié successivement dans dif- férens recueils {Journ.de Corvisart, et Nouv. hibl. méd.), et que je retrouve encore dans sa Clinique chirurgicale {t. i,p. 387j. Un carrier reçoit sur les reins une masse énorme de terre prove¬ nant d’un éboulenieut, et meurt au bout de six jours. Les apo¬ physes transverses et articulaires de la dernière dorsale et des deux premières lombaires étaient fracturées; le corps delà dernière vertèbre dorsale et celui de la première vertèbre lom¬ baire, séparés de leurs apophyses et du corps de la deuxième lombaire, avaient passé au devant de cette dernière, d'où résul¬ tait en avant un chevauchement de plus d’un pouce...
Quand le blessé a survécu un certain temps après l’accident, on trouve ordinairement sur le cadavre les traces d’un travail de consolidation des os fracturés. Ainsi, comme nous l’avons vu plus haut, ce sont des viroles ou des jetées osseuses qui tendent à maintenir fixes et immobiles les vertèbres déplacées , et si la moelle épinièrè n’était pas trop gravement atteinte, le sujet pourrait guérir avec une certaine roideur du rachis, et il y en a des exemples. D’autres fois, il se forme des collections purulentes plus ou moins abondantes autour des fragraens, comme deffreys en a cité un exemple remarquable {London med. and surg.joum., july 1826).
Le désordre des parties voisines vient souvent accroître la gravité des lésions du rachis : tantôt les muscles sont con- tus, infiltrés de sang; ce liquide forme des épanchemens plus ou moins étendus autour de la fracture ; dans certains cas, les muscles sont déchirés ou rompus; tantôt la rnoelle épinière est seulement ébranlée ou distendue; d’autres fois elle est contuse ou comprimée par la vertèbre déplacée , ou par des fragmens osseux; ce cordon nerveux peut même être interrompu dans sa continuité; dans quelques cas, il est piqué, lacéré par des fragmens aigus; quand le blessé survit quelque temps, la moelle épinière alors offre les différons degrés d’une inflammation de son tissu, qui est ra¬ molli, injecté de sang, infiltré de pus. Les méninges partici¬ pent ordinairement à cette phlegmasie. A ces accidens , résul¬ tant directement delà lésion du rachis, se joignent plus lard des altérations secondaires, telles que des eschares au sa¬ crum, aux trochanters, etc., qui ne contribuent pas peu à hâter une terminaison funeste en déterminant une carie superfi-
62 RACHIS (lésions traumatiques).
cielle du sacrum et des autres saillies osseuses du bassin.
Spnptômes. — Les symptômes qui annoncent les différentes lésions que nous venons de passer en revue sont de deux or¬ dres : les uns, que j’appellerai physiques, indiquent la nature du désordre dont les vertèbres sont le siège; les autres , que Ton peut nommer fonctionnels , dépendent de l’altération de la moelle épinière, et présentent entre eux des différences notables suivant la hauteur à laquelle existe la lésion du rachis.
Le diagnostic des fractures des apophyses épineuses est or¬ dinairement facile : la mobilité anormale de ces éminences os¬ seuses, la crépitation, et une déformation de la partie posté¬ rieure du rachis au niveau de la lésion, dénotent suffisamment leur existence. Quand les deux lames sont brisées , on peut quelquefois reconnaître assez aisément cet accident , car en saisissant l’apophyse épineuse correspondante, on lui imprime des mouvemens de totalité, dont le peu d’étendue annonce qu’une portion de l’os plus considérable , et plus profondé¬ ment enchâssée, est rompue ; on arrive aussi parfois à constater en même temps de la crépitation. Les solutions de continuité qui intéressent les masses apophysaires latérales ne peuvent guère être reconnues quand il n’y a pas de déplacement ; il en est de même de celles du corps. Dans celles-ci, lorsque les fragmens ont subi un déplacement , on trouve tantôt une pro¬ éminence anormale d’une apophyse épineuse, tantôt, au con¬ traire , une dépression ; quelquefois il existe un écartement considérable entre quelques-unes de ces saillies osseuses; on a pu aussi, dans quelques circonstances, percevoir une mobi¬ lité insolite du rachis avec crépitation obscure quand on pres¬ sait sur la partie malade. Je dois ajouter que plus d’une fois on n’a vu aucun signe extérieur révéler des désordres souvent fort graves trouvés à l’autopsie. On comprend que le chirur¬ gien ne doit pas trop insister sur les moyens d’exploration pro¬ pres à lui fournir des signes précis sur la nature de la lésion qu’il veut constater, car il pourrait ainsi déterminer, dans la disposition des fragmens, des changemens qui aggraveraient la lésion de la moelle épinière. Ajoutons que le gonflement et l’ecchymose, qui se manifestent assez souvent à la partie pos¬ térieure du tronc et autour de la blessure, contribuent encore à rendre le diagnostic précis des fractures durachis plus difficile.
La simple distension , ou la rupture des ligamens sans dé-
RACHIS (lésions traumatiques). 53
placement des os , ne peut être que soupçonnée , aucun signe extérieur spécial ne pouvant faire reconnaître une semblable lésion; il n’en est pas de même du diastasis et des luxations : dans le premier cas, on pourrait constater avec le doigt l’écar¬ tement existant entre les deux vertèbres séparées; dans le se¬ cond, il y a, suivant les cas, des phénomènes qui annoncent le mode de déplacement qui s’ est’ opéré. Ainsi, pour la demi- rotation ou luxation incomplète, nous avons vu que cet acci¬ dent se présentait surtout à la région cervicale. Le blessé a la tête fortement inclinée , et le visage tourné du côté opposé à celui vers lequel s’est opéré le déplacement; en palpant la série des apophyses épineuses, on reconnaît que celle qui ap¬ partient à la vertèbre luxée forme une saillie assez prononcée en arrière, et que toutes celles des vertèbres supérieures sont plus ou moins déviées du côté ou la tête est penchée. Quand une vertèbre tout entière est portée en avant, il y a ordinairement une dépression marquée en arrière , au niveau de la partie lésée, et inclinaison de la tête en avant. Cependant il n’en est pas toujours ainsi, comme on l’a vu dans l’observa¬ tion de M. Lawrence, citée plus haut, où rien extérieurement ne pouvait faire reconnaître le déplacement, pourtant si con¬ sidérable, qui avait eu lieu.
Les anciens attachaient une grande importance à la nature de la sensation éprouvée par le blessé au moment de l’acci¬ dent : ils espéraient y trouver, dans les cas douteux, des si¬ gnes différentiels entre les fractures et les luxations. Dans les premières, le blessé éprouve-t-il seulement un sentiment de douleur vive et brusque avec perception d’un bruit particu¬ lier? Dans les. secondes, y a-t-il plus spécialement sensation d’une déchirure, d’une rupture ou d’un déboîtement? La nature des causes qui produisent des lésions aussi graves du rachis, la violence du choc qui vient briser les vertèbres ou changer leurs rapports articulaires , ne permettent guère au blessé d’analyser de pareilles sensations, et de saisir toutes ces nuances : toutefois, dans les cas où le désordre est produit par une pression agissant avec une certaine lenteur, ou bien parmi mouvement musculaire, comme dans la luxation in¬ complète, les divers phénomènes annonçant le déplacement peuvent être appréciés par le sujet lui-même. La douleur lo¬ cale qui accompagne ordinairement l’accident ne persiste pas
54 HACHIS (LÉSIONS traumatiques).
toujours : tantôt elle est très vive, et existe avec ce caractère pendant toute la durée de la maladie; tantôt elle diminue promptement, et disparaît presque entièrement.
Les phénomènes généraux sont ceux qui dépendent du de¬ gré de gravité des lésions de la moelle épinière. Je ne revien¬ drai pas ici sur les détails qui ont été donnés dans un autre article (vof. Moelle épinière, t. xx, p. 58-75), à propos des compressions brusques de ce cordon nerveux. Je rappellerai seu¬ lement que ces lésions peuvent être ; 1° une simple commotion ; 2° une distension; 3® une contusion plus ou moins violente, portée quelquefois jusqu’à la désorganisation; 4“ une com¬ pression, soit par des fragraens osseux, soit par un déplace¬ ment de la vertèbre en totalité, ou bien par un épanchement sanguin; 5® eniin, la section complète du cordon rachidien.
Les lésions matérielles graves de la moelle épinière ont pour résultat ordinaire la paralysie des parties situées au-des¬ sous. A. Dans la région cervicale ^ il s’y joint très fréquemment une érection momentanée ou permanente du pénis, sur la¬ quelle j’ai déjà anciennement appelé l’attention des chirur¬ giens. Certaines personnes ontprétendu que cette érection était un phénomène assez rare. Voici ma réponse: dans quinze cas de lésions graves de la portion cervicale du rachis que j’ai rapportés (ouvr. cité, t. i, p. 367), le phénomène en question a été constaté huit fois. A ces observations, je puis ajouter celles qui ont été relatées par MM. Astley Cooper (ouvr. cité), Robertson [Norlk american journ., mars 1835, p. 391), et MoVidShre {V Expérience , t. i, p. 504), dans lesquelles l’é¬ rection du pénis fut parfaitement constatée. Dans les lésions de cette partie du rachis, la gêne de la respiration augmente rapidement, et l’asphyxie est la cause la plus ordinaire de la mort. B. Dans la région dorsale , quand les désordres siègent vers la partie supérieure, l’érection se rencontre encore quelque¬ fois (deux fois sur neuf, par exemple), et c’est également l’as¬ phyxie qui vient le plus souventterminer la vie dans un espace de temps assez court. Quand la lésion existe plus bas, le blessé survit plus long-temps, et la mort arrive ordinairement à la suite d’un affaiblissement progressif, ou du développement d’eschares gangréneuses au sacrum , aux trochanters , etc. G. La lésion occupe-t-elle la région lombaire, les symptômes diffèrent peu de ceux qui existent quand elle réside à la partie
RACHIS (lÉSIOKS traumatiques). 55
inférieure du dos : ici encore ce sont des eschares gangré¬ neuses, et les conséquences qu’elles entraînent, qui achèvent d’épuiser les forces du blessé.
Un mot sur. cette altération. La mortification des parties comprimées s’effectue quelquefois avec une grande rapidité: je l’ai vue survenir dès le troisième ou le quatrième jour après l’accident. L’étendue du sphacèle peut être très considérable, de huit à dix pouces de diamètre, par exemple, à la région sacrée. A. Cooper a observé un individu qui avait survécu deux ans à Une fracture dans la région lombaire, et qui succomba à une gangrène des fesses (ouvr. cité, p. 188). Dans un cas plus remarquable encore, rapporté par notre célèbre La Motte {Cours de chir., t. il , p. 472, obs. cccxLix), ce fut une gangrènedes membres inférieurs qui vint terminer les jours d’un individu atteint depuis plusieurs mois de paralysie pour une lésion sem¬ blable. On comprend, au reste, avec quelle facilité la morti¬ fication doit s’emparer de tissus déjà privés, par l’absence de l’inllux nerveux , d’une partie de leur vitalité. Dans certains cas, l’ulcération qui succède à la chute de l’eschare s’étend au tissu osseux sous-jacent, et les accidens d’une carie s’ajou¬ tent encore à ceux qui résultent de la lésion déjà si grave de la moelle épinière. J’ajouterai que j’ai constaté plusieurs fois, et j’en ai rapporté des exemples (ouvr. cit., t. i), que l’inflam¬ mation se propage de proche en proche à l’enveloppe fibreuse des nerfs sacrés, de celle-ci aux méninges rachidiennes, et qu’alors les malades succombent avec tous les symptômes de la méningite spinale.
Les phénomènes exceptionnels qu’on observe quelquefois dans les lésions graves du rachis sout spécialement relatifs aux modifications que peut présenter la paralysie. Ainsi, il arrive que les parties privées de sentiment sont le siège, par intervalles, de fourmillement, ou même de douleurs assez vives. Dans un cas où des mouvemens convulsifs étaient survenus dans les membres paralysés, on trouva, à l’autopsie, des .signes mani¬ festes d’inflammation dans les enveloppes de la moelle épinière ( Jeffreys, loc. cit.). Plusieurs observateurs ont cité des exem¬ ples dans lesquels la sensibilité n’était pas altérée, malgré l’existence d’une profonde lésion de la moelle épinière. Dans un fait de ce genre, recueilli par M. Velpeau, et que j’ai rapporté ailleurs ( Traité des maladies de la moelle épinière ,t. i , p. 330) ,
60 UACÏi'sB (^LÉSIONS rhALJlAIigUEs).
l’autopsie vint révéler la cause de ce phénomène ; un abcès par¬ faitement circonscrit siégeait dans les cordons antérieurs de la moelle. Mais, d’un autre côté, dans un second fait du même genre (mêmeouvr., p. 331), le cordon rachidien était par
un fragment détaché du corps d’une vertèbre, et son tissu ra¬ molli dans l’étendue de plus d’un pouce. Enfin, chez un autre blessé, dont l’histoire a été publiée par M. Gariel [Ballet, de la Soc. anat,, ann. 1836, p. 299), la sensibilité avait été conservée plutôt à gauche qu’à droite, et cependant la moelle épinière était interrompue dans sa continuité par suite d’un déplacement dans les os, au-dessus du renflement lombaire. Ce défaut de rapport entre l’altération et les effets mentionnés dans ces der¬ niers cas, ne résulterait-ll pas de quelque erreur, soit dans l’observation du phénomène, soit dans celle de la lésion ma¬ térielle de la moelle épinière?
La durée de la vie après les lésions graves de ce centre ner¬ veux est en raison directe de la hauteur à laquelle cette lésion a son siège. Dans quinze cas de fractures ou luxations de la région cervicale , où cette circonstance a été exactement men¬ tionnée, on voit une seule fois le blessé survivre quinze jours; dans presque tous les autres cas, la vie s’est prolongée de quel¬ ques heures à quatre ou cinq jours ; une fois la mort est surve¬ nue au bout d’une demi-heure. Dans les lésions de la région dorsale, c’est ordinairement du quinzième au soixantième jour que l’issue funeste a lieu. Enfin, dans celles qui ont leur siège aux lombes, il n’est pas rare de voiries individus prolonger leur misérable existence trois, quatre mois, et même un an Ou deux. Quoique la rapidité de la mort soit ordinairement en raison de la gravité de l’altération de la moelle épinière, cependant on a vu des sujets vivre un mois, et même trois mois, avec une des¬ truction complète de cet organe au niveau des septième et hui¬ tième vertèbres dorsales , tandis qu’une simple contusion, une simple compression à la même hauteur, faisait périr les blessés dans l’espace de quelques jours. C’est en étudiant toutes les circonstances d’un fait qu’on peut quelquefois se rendre compte de ces différences.
Une détermination précise delà nature des lésions graves du rachis est très difficile, comme on a pu le voir d’après l’exposé des symptômes qu’elles produisent. Boyer, et surtout Dupuy- tren, ont fixé sur ce point l’attention des praticiens, et ont
KACniS (lésions TRAUMATIQÜES). 57
fait ressortir toute l’obscurité qui règne sur ce diagnostic. En résumé , le mode d’action de la cause vulnérante, la privation brusque du sentiment et du mouvement dans les parties si¬ tuées au-dessous de la blessure , la nature de la sensation per¬ çue quelquefois par le blessé, l’état extérieur du rachis qui permet parfois d’apprécier l’existence d’un déplacement des vertèbres, ou d’une mobilité anormale de ces os , une crépita¬ tion obscure, dans certains cas, sont autant de particularités d’après lesquelles on peut parvenir à diagnostiquer assez rigoureusement la nature de la lésion existante. Mais, je le répète, cette détermination précise n’est pas toujours possible.
Dans des cas exceptionnels , et dont on trouve l’explication dans plusieurs circonstances concomitantes , la paraplégie ne survient pas immédiatement. Ainsi, un individu qui était tombé d’un second étage à la renverse sur une pièce de bois put se tenir debout quelques instans , mais la paralysie ne tarda pas à sui-venir; la moelle épinière était fortementcomprimée par un fragment du corps de la onzième vertèbre dorsale; peut-être, commeje l’ai dit ailleurs, lefragment qui comprimait la moelle épinière n’éprouva-t-il ce déplacement qu’au moment où le blessé, s’étant relevé, se mit à marcher ( Traité des maladies de la moelle épinière, t. i, p. 325 ). Chez un autre blessé qui avait fait une chute très violente, la paralysie fut précédée de four- millemens et d’engourdissement ; l’extinction de la sensibilité et du mouvement ne se montra que d’une manière graduelle, bien que la moelle eût été brusquement comprimée; dans ce cas aussi on put expliquer l’anomalie, en constatant, à l’au¬ topsie, que la moelle épinière avait été soumise à une com¬ pression lente au-dessus du point blessé; on a vu cet effet produit par une exostose de l’apophyse odontoïde {Archives gén. de méd., troisième série, t. iii, p. 234 ); d’autres fois, comme nous l’avons déjà dit , les désordres les plus graves ne s’accompagnent d’aucun signe extérieur apparent, d’où ré¬ sulte cette obscurité de diagnostic , sur laquelle Boyer et Du- puytren ont insisté avec tant de raison.
D’après tout ce qui précède, on peut déjà prévoir que le pronosiic des fractures et des luxations du rachis est générale¬ ment fort grave : il faut, toutefois, établir ici quelques dis¬ tinctions relatives au degré d’altération de la moelle épinière, et à la nature de la lésion du rachis : ainsi, la commotion simple
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de la colonne vertébrale n’est pas constamment mortelle. J’ai rapporté ailleurs plusieurs exemples de guérison à la suite de cet accident ( ouvr. cité, 1. 1 , cliap. 5) ; dans quelques cas , on a vu la mort ne survenir qu’après un temps assez long, et alors cette terminaison funeste résultait d’une altération , soit de la moelle épinière, soit du rachis, consécutive à l’ébranlement causé par la commotion. Dans les cas de contusion très forte et de compression extrême de la moelle, il y a toujours dan¬ ger de mort assez rapide ; le ramollissement rouge que l’on trouve alors dans le cordon rachidien, au niveau de la lésion des vertèbres , provient beaucoup plus souvent d’une phleg- masie secondaire que d’une attrition avec infiltration sanguine. Les exemples d’abcès dans le tissu même de la moelle épinière viennent à l’appui de cette opinion. Quand il y a écrasement et rupture complète de ce cordon nerveux, la vie a bien pu se prolonger quelquefois au-delà du temps qu’on eût pu sup¬ poser : mais la mort est, dans ce cas, toujours inévitable. Les épancbemens sanguins qui accompagnent les fractures du rachis, quoique moins graves, puisque le sang peut être ré¬ sorbé, n’en sont pas moins le plus souvent mortels. Boyer, A. Cooper et d’autres praticiens, en ont rapporté des exem¬ ples ; j’en ai moi-même cité plusieurs dans mon ouvrage sur la moelle épinière.
Enfin, il est une circonstance particulière qui ajoute habi¬ tuellement à la gravité des lésions du rachis, et dont j’ai déjà fait mention , je veux parler de la hauteur à laquelle elles siè¬ gent. La mort arrive bien plus communément dans les frac¬ tures de la région cervicale ; cependantla curabilité de celles-ci ne peut plus être niée aujourd’hui , d’après les deux exemples de guérison que j’en ai rapportés (ouvr. cité, 3® édit., t. i, obs. xviit et xix) : toutefois, le pronostic est, en général, moins fâcheux quand la lésion réside dans la partie inférieure de la région dorsale et dans la région lombaire. Ajoutons qu’il est aussi d’autant plus favorable, dans tous les cas, que le dé¬ placement des os est moins considérable, et conséquemment que la lésion de la moelle épinière est moindre
Traitement. — Quelque décourageans que soient les résul¬ tats cliniques que je viens d’indiquer, le praticien n’en doit pas moins employer toutes les ressources que l’art met à sa disposition pour favoriser une guérison qu’on obtient dans cer-
RACHIS (lésions traumatiques). 69
tains cas. Nous suivrons , dans l’exposé des moyens thérapeu¬ tiques, le même ordre que dans l’examen des symptômes, c’est- à-dire qu’ après nous être occupé des soins exigés par la lésion du rachis, nous indiquerons le traitement qui convient à celle de la moelle épinière.
1® Les indications spéciales réclamées par les fractures du ra¬ chis diffèrent nécessairement suivant la partie affectée. S’a¬ git-il des apophyses épineuses, il serait peut-être possible de réduire les fragmens, mais comment les maintiendrait- on? D’ailleurs l’urgence n’est pas là, elle est dans l’ébranlement communiqué à la moelle épinière, et dans l’altération qui peut en résulter. Quand les lames vertébrales sont seules brisées, qu’il y a des phénomènes de compression, que faut-il faire? Ici tous les praticiens ne sont pas du même avis : les uns pensent qu’il faut inciser sur le lieu de la fracture, ou profiter d’une plaie déjà existante, pour aller relever les fragmens, ou enle¬ ver les esquilles, et même, si besoin est, appliquer le trépan. D’autres blâment cette pratique, qu’ils regardent comme inu¬ tile et dangereuse. Examinons ces deux opinions. Les moyens chirurgicaux proposés pour combattre la compression que déterminent la fracture des lames vertébrales sont-ils inutiles? Les faits vont répondre à cette question. Dans un mémoire posthume de Louis , déjà cité, et relatif aux fractures et aux luxations delà colonne vertébrale, je trouve l’observation sui¬ vante : un officier reçoit, dans un combat, un coup de feu dans le dos; la paralysie des membres inférieurs , la rétention de l’urine, surviennent immédiatement. Duplessis, chirurgien mi¬ litaire, dilate la plaie, et extrait la balle; mais les accidens persistent. Louis examine le blessé le quatrième jour, pour la première fois; il porte le doigt au fond de la plaie, et re¬ connaît plusieurs pièces vacillantes qui comprimaient la moelle épinière : que fallait-il faire? agir comme on l’eût fait pour le crâne ou laisser périr le blessé. Louis prend le premier parti, et enlève les pièces osseuses qui comprimaient le cordon ra¬ chidien. Une suppuration abondante s’établit, la sensibilité et le mouvement reparaissent, il ne se forme pas d’eschares ni d’excoriations sur les parties saillantes du bassin; enfin, le blessé guérit parfaitement, en conservant seulement un peu de faiblesse dans les membres inférieurs, qui étaient en même temps légèrement atrophiés. A la suite de ce fait si remarquable.
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Louis en rapporte deux autres dans lesquels les lames et les apophyses épineuses avaient été brisées ; la compression de la moelle épinière était manifeste : on ne fit rien , et les blessés succombèrent. En eût-il été ainsi, se demande ce savant chi¬ rurgien, si l’on eût opéré? Il n’hésite pas à répondre par la négative, et nous nous rangeons entièrement de son avis. Les corps étrangers, tels que balles, portions de vêtemens, etc., devront être extraits avec soin. C’est le conseil que donnent tous les chirurgiens, malgré l’observation si décourageante de Ferrein, qui a vu périr un soldat après qu’on lui eut extrait du rachis une pointe d’épée.
Trépanation du rachis. — Voyons maintenant ce que l’expé¬ rience enseigne sur l’application du trépan au rachis. Dans le courant de l’année 1814, H. Cline l’employa dans un cas, et nonobstant l’opération le blessé succomba. En 1822, la trépa¬ nation du rachis fut tentée de nouveau par M. Tyrrel, chirur¬ gien de l’hôpital Saint-Thomas. Le sujet était un porte-faix qui tomba sur le dos étant chargé d’un fardeau très pesant. Le blessé était paralysé de la partie inférieure du corps, et on reconnut une fracture avec enfoncement de la dixième ver¬ tèbre dorsale. MM. Cooper, Travers, Green et Tyrrel, déci¬ dèrent qu’il fallait essayer de relever la portion d’os en¬ foncée. L’opération fut pratiquée, et les lames de la dixième et de la neuvième vertèbre dorsale durent être réséquées. La sensibilité revint peu à peu , le blessé fit plusieurs mou- vemens, tenta même de sortir de son lit. Mais il succomba le quinzième jour, avec les symptômes d’une entéro-péritonite. Une nouvelle trépanation du rachis, tentée encore à Londres en 1835, n’a pas été suivie d’un résultat plus heureux. Enfin , plus récemment, M. Laugier a pratiqué celte opération sans plus de succès {Bulletin chirurgical, t. i, p. 394, ann. 1840).
Que faut-il conclure de ces différens exemples? que cette opération doit être rejetée? Non, assurément, et je dois m’em- yiresser de dire ici que telle est aussi l’opinion de M. Laugier. Il n’est pas douteux pour moi que la cause de l’issue malheu¬ reuse de la trépanation du rachis, dans ces différens cas, est uniquement résultée, non de l’opération, mais de la gravité des lésions de la colonne vertébrale et de la moelle épinière qui existaient. C’est ainsi que, chez le blessé opéré par M. Lau¬ gier, il y avait eu rupture de la moelle épinière, et fractures
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de quatre vertèbres : le corps de celle qui fut trépanée (la douzième dorsale) était écrasé et séparé des masses apophy- saires , et celui de la huitième vertèbre dorsale était aussi frac¬ turé. Mais ou sait qu’avant de pratiquer quelque opération que ce soit, il faut d’abord établir d’une manière précise si les con¬ ditions dans lesquelles se trouvent le malade présentent quel¬ ques chances favorables; il faut déterminer, en un mot, si l’o¬ pération est bien indiquée ; c’est ce que je vais examiner pour la trépanation du rachis.
On se rappelle que les premières tentatives de trachéotomie dans les cas de croup n’ont pas été heureuses, et que trop souvent encore on échoue dans cette opération, parce que l’on attend à la dernière extrémité. La même remarque n’est-elle pas appli¬ cable au trépan dans les cas de fracture du crâne? En effet, on peut dire qu’aujourd’hui on ne l’emploie que sur les mourans; il ne faut donc pas s’étonner du nombre des insuccès. Quelle est la conséquence dangereuse que l’on peut redouter de la trépanation du rachis? Serait-ce la dénudation des enveloppes de la moelle épinière? Mais la compression ou la déchirure de cet organe par des esquilles, offre-t-elle donc moins de danger? Les faits rapportés par Louis , et plusieurs exemples de gué¬ rison de fractures du rachis par armes à feu avec perte de substance du tissu osseux , ne justifient-ils pas une pareille opération? Enfin, et ce dernier argument n’est point sans va¬ leur, les blessés étant voués à une mort presque certaine sans l’opération, et celle-ci pouvant offrir quelques chances favo¬ rables sans aggraver le mal existant , n’est-ce pas lé cas d’ap¬ pliquer ici l’axiome : Melius est aneeps remedium quant, nullutn?
Toutefois , il est une question fort importante à résoudre d’abord dans cette circonstance : c’est de déterminer les cas dans lesquels le trépan est applicable. On a cru pouvoir le proposer pour donner issue aux épanchemens de sang, et Boyer s’est élevé avec juste raison contre une semblable pra- ûcpteÇTraité des maladies chirur., 4® édit., t. Iii,p. 109) : sesobjec- tions sont principalement fondées sur l’absence de signes propres à faire distinguer les phénomènes de compression dus à un épanchement de ceux qui caractérisent une commo¬ tion, et sur l’impossibilité de préciser la hauteur à laquelle on pourrait opérer pour trouver la collection sanguine. Mais n’est-il pas allé trop loin en ajoutant que les lames vertébrales
62 ÜACHIS (LÊSIOKS TEAÜMATIQDES).
sont situées trop profondément pour que l’on puisse appliquer le trépan sur elles ? les faits , comme on l’a vu , ont prouvé le contraire, et les remarques pratiques faites à cet égard par M. Laugier laissent cette objection sans valeur. Le trépan n’est applicable, suivant moi, ainsi que je l’ai déjà dit (ouvr. cité, t. I, p. 381), que dans les cas de fracture des lames verté¬ brales avec enfoncement des fragmens : or, cette lésion n’ar¬ rive guère que par l’effet d’une violence extérieure portée di- rectenjent sur le rachis, d’une chute, d’un corps pesant, ou par l’action d’un projectile lancé par la poudre à canon. Si , à ce commémoratif se joint une difformité de la partie posté¬ rieure du rachis au niveau du point contus , qu’il y ait une crépitation obscure, ne sera-t-on pas autorisé à pratiquer une incision qui permette d’explorer avec le doigt l’état des par¬ ties ? Et si l’on reconnaît un enfoncement des lames vertébrales, le trépan ne devra-t-il pas être appliqué? Telle est la conduite que tout praticien éclairé me semble devoir suivre; mais si la cause vulnérante avait agi avec une énergie extrême , et que l’on pût soupçonner ou reconnaître une fracture avec dé¬ placement du corps de la vertèbre, ou une luxation, ou une mobilité des portions du rachis correspondantes à la blessure, il est évident qu’il faudrait s’abstenir de toute opération.
Dans les cas très graves, lorsque le corps des vertèbres a été brisé, quel est le traitement qu’il convient d’employer? On évitera soigneusement tout ce qui pourrait augmenter la com¬ pression qui existe déjà , ou la produire, si les phénomènes de paralysie étaient dus à une simple commotion. Quelques chirurgiens conseillent de coucher le blessé sur le ventre, afin de pouvoir agir directement sur la région blessée, y ap¬ pliquer des sangsues, des ventouses, des cataplasmes , etc. ; mais cette position est bien incommode pour pratiquer le cathétérisme, qu’il est habituellement nécessaire de renou¬ veler plusieurs fois par jour; et d’ailleurs ici les saignées générales répétées ont certainement autant d’efficacité que les émissions sanguines locales. Cette position ne me paraît convenable que quand il y a des manœuvres à exercer sur la région blessée. Lorsqu’on fait coucher le hlessé sur le dos , il y a quelques précautions à prendre. Ainsi , il faudra disposer le lit de telle sorte que la partie postérieure du corps y rencontre des saillies et des dépressions en rapport
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avec les courbures normales du rachis; des draps pliés en plusieurs doubles, ou des oreillers, seront placés sous les lombes , surtout si la fracture a eu lieu dans cette région : telle a été la conduite de M. Gerdy dans un cas de fracture de la colonne lombaire, terminé par la guérison, et dont il m’a communiqué l’histoire. Une précaution très bonne à prendre encore, c’est de placer le malade sur un lit mécanique , afin qu’il puisse satisfaire à ses besoins naturels sans éprouver le moindre ébranlement , le moindre dérangement du corps.
Dans les cas de simple rupture des ligamens sans déplace¬ ment des os, il n’y a aucune indication spéciale à remplir. Quand il y a luxation^ faut-il faire des tentatives de réduction? Lorsque le déplacement est incomplet, qu’il n’existe que cette demi-rotation dont nous avons parlé, on a tenté plusieurs fois la réduction avec succès; mais on a vu aussi, et Petit-Radel en a cité un exemple dans l'Encyclopédie méthodique i on a vu, dis-je, la mort être la suite de manœuvres imprudentes. Certes, une pareille alternative est terrible; cependant Desault n’hésita pas à agir dans une circonstance de ce genre. J’ai déjà rapporté cet exemple en traitant des luxations traumati¬ ques des deux premières vertèbres cervicales ( voy. Atlas et Axis); qu’on envisage le fait comme je l’ai interprété, ou qu’on le considère comme un cas de luxation d’une des vertèbres cervicales inférieures aux deux premières, je pense qu’on doit toujours imiter la conduite que Desault suivit dans cette cir¬ constance avant de procéder à aucune manœuvre sur le blessé. Onsait qu’il s’agissait d’un jeune enfant. La mère fut d’abord pré¬ venue du danger possible de l’opération, et autorisa le célèbre chirurgien àla tenter. Les épaules furent maintenuesimmobiles : Desault exerça sur la tête des tractions douces et graduées, èt la tourna insensiblement jusqu’à ce qu’elle eut repris sa po¬ sition naturelle (Léveillé, Noue, doctr. chir.yt. i, p. 62; Paris, 1812). Plus récemment, Newmann renouvela cette tentative avec le même succès. Une dame étant au lit tourna brusque¬ ment la tête de côté; elle sentit un craquement, et éprouva à l’instant une douleur très vive : la tête resta penchée sur l’épaule gauche ; il y avait impossibilité de mouvoir le bras droit; enfin, on observait un écartement notable entre la cin¬ quième et la sixième vertèbres cervicales. Newmann diagnos¬ tiqua une luxation , et résolut d’en tenter la réduction. La ma-
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lade fut couchée entravers sur le lit, et, appuyant ses genoux contre les épaules, l’opérateur parvint, à l’aide d’une exten¬ sion progressive, à ramener la tête dans sa situation ; ce ré¬ sultat fut accompagné du bruit qui annonce ordinairement la réduction d’un os déplacé. La malade se trouva sui--le-champ beaucoup plus à son aise, et guérit, mais en conservant beau¬ coup de roideur dans le cou ( The Lond. med. reposit.j févr. 1814 ; et Journ. gén. de méd., t. LV ).
J’ai rapporté ces deux observations, afin de faire voir que ces manœuvres ne sont pas constamment mortelles; mais elles peuvent l’être; or, la lésion contre laquelle on les met en usage n’est pas très grave par elle-même : elle ne compromet pas la vie. Il n’existe donc ici aucune des raisons qui m’ont engagé à conseiller le trépan dans quelques-unes des lésions traumatiques du rachis , et la prudence veut qu’on s’abstienne ; aussi je n’hésite pas à dire qu’une pratique sage et éclairée doit proscrire formellement toute tentative de réduction dans de pa¬ reils déplacemens ; encore bien moins devra-t-on y songer quand la luxation est complète, quoique le danger soit plus grand, ou dans les cas de fracture avec luxation : alors le repos le plus absolu doit seul être conseillé , comme le moyen le plus propre à favoriser la consolidation , si elle doit avoir lieu.
2° Indépendamment des moyens spécialement appliqués au traitement de la lésion du rachis , il importe de combattre les effets directs et plus ou moins immédiats du désordre des os sur la moelle épinière : dans ce but, on doit surtout insister sur l’emploi des antiphlogistiques. Lorsque la compression de la moelle épinière est accompagnée de contusion violente, et que le blessé est robuste , il est toujours avantageux de débuter par des saignées générales, afin de prévenir une congestion locale dont les effets ne pourraient qu’être nuisibles. 11 est encore utile, dans ce cas, de mettre en usage des topiques froids et liquides , soit de l’eau simple , soit quelques liqueurs résolu¬ tives; on réitère ensuite les applications de sangsues ou de ventouses scarifiées dans le voisinage de la fracture, s’il sur¬ vient une chaleur vive et des douleurs aiguës dans la région blessée. M. Lisfranc a rapporté l’observation d’un homme at¬ teint d’une fracture de la troisième vertèbre lombaire , avec gibbosité, qui guérit après avoir été saigné quinze fois en quinze jours, avoir eu deux applications de soixante sangsues
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sur la région blessée, et quatre moxas {ArcLgén. de méd., t, xiii).
En résumé , obliger le blessé à l’immobilité la plus complète, des évacuations sanguines souvent répétées , s’il survient des phénomènes de réaction , une diète sévère dans les premiers temps, des boissons émollientes, délayantes : tels sont les moyens qui doivent composer tout le traitement. Des lavemens purgatifs seront administrés de temps en temps pour solliciter les garde-robes ; il faut également avoir l’attention de prévenir l’accumulation de l’urine dans la vessie, en y plaçant une sonde qu’on retire chaque jour pour éviter qu’elle ne se recouvre d’incrustations qui rendraient son extraction difficile.
Si les accidens se dissipent graduellement, et que le blessé recouvre incomplètement le mouvement des membres primi¬ tivement paralysés , on aura recours aux rubéfians et aux fric¬ tions irritantes sur le rachis , et quand l’affection se prolonge, aux exutoires, tels que vésicatoires volans répétés, cautères, moxas. M. Houzelot, chirurgien de l’hôtel-Dieu de Meaux, m’a communiqué un exemple de guérison d’un individu chez lequel existait une fracture de la septième vertèbre cervicale avec pa¬ ralysie des membres inférieurs et des membres supérieurs. La consolidation de la fracture s’était opérée en laissant les doigts de la main droite dans un état de contraeture permanente. L’ap¬ plication d’un emplâtre stibié sur le siège de la fracture fut sui¬ vie rapidement de la cessation de celte contraction des doigts de la main droite, et d’une diminution très notable dans la para¬ lysie des autres membres. Les progrès de la guérison du blessé, quoique incomplète sous plusieurs rapports, furent singuliè¬ rement hâtés par la répétition des applications d’emplâtres slibiés sur le rachis ( voy. mon ouvrage sur les maladies de la moelle épinière, 1. 1, obs. xix, p. 302, 3® édition). Je recom¬ mande ce fait à toute l’attention des praticiens.
CüENOTTE (Fr. Aug. Ferd.). Diss. sistens casant subluxationis vertebrœ dorsi cum Jractura compUcata. Strasbourg, 1761, in-4®, réimp. Dans Sandifort, TItes. diss., t. u, p. 57.
Louis (Ant.). Remarques et observations sur la fracture et la luxation des vertèbres. Mém. posth. Dans Jrch. gén. de méd.; 1836, 2® série, t. xi,p. 397.
SoEMMERiNG (Th.). Bemerkiuigen liber Bruch desRUckgraths. Berl., 1793.
GeSSCher (Dav. VanJ. Bemerkangen liber die Entstellurrgen dee Rück- grates und iiber die Behandlung dar Ferrenkungen und Bruche des svhen- Dict, de Méd. xxvn. 5
J. G.
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kalbe.ins. Aus d. Holl. übers. mit. Anmerkk. u. Zusâtz. von Rewezer. Gœttingue, 1794, in-S®.
Bell (Ch.). On the injuries of the spine and qf the tkigkbone. Londres, 1824, £0-4°.
Zimmermann (J. C.). Die Krümmungen des Rückgralhs und der Itoh- renknochen. Dans ses Verbesserungen von chirurg. Bandagen und Mas~ chinen ; l*^® n“. Leipzig, 1830, in-8®, fig.
Voyez, en outre, les principaux traités de chirurgie et de mala¬ dies des os, et celui des fractures et luxations, de A. Cooper.
II. Lésions vitales du rachis. — Carie vertébrale. — La ca¬ rie ou affection tuberculeuse des vertèbres, désignée encore sous les noms de gibbosité, de mal vertébral, mal de Poit, est une des maladies les plus graves que renferme le cadre noso¬ logique. Les recherches dont elle a été l’objet depuis quelques années nous obligeront à entrer ici dans des détails justifiés, d’ailleurs, par l’importance du sujet.
Causes. — La carie vertébrale se montre de préférence chez les enfans et les jeunes gens; cependant, quand on parcourt la série des observations que les auteurs ont publiées sur cette ma¬ ladie, on y trouve un nombre encore assez considérable de faits relatifs à des sujets âgés de trente à quarante ou quarante-cinq ans; passé cet âge, l’immunité paraît assez solidement établie. Nous manquons, au reste, de statistique bien faite qui puisse résoudre la question par des chiffres. II en est de même pour le pexe; l’homme y est-il plus exposé que la femme? L’affir¬ mative semblerait résulter de l’ensemble des observations que j’ai sous les yeux, mais je n’ai rien d’assez positif pour avancer aucune assertion à cet égard.
Pott, qui le premier a donné une description si exacte de cette affection qu’il passe pour l’avoir en quelque sorte dé¬ couverte, Pott, dont le nom y est resté attaché, regarde la constitution scrofuleuse comme la cause la plus commune de la carie rachidienne. Paletta , dans deux mémoires fort inté- ressans sur cette affection (Sulla cifosi paralitica; dans ses chir. prima, p. 139; et Exercit. pathol. de tuberc. spinœ, p. 104) , a combattu cette manière de voir. Mais il faut se rappeler que Paletta observait en Italie et Pott en Angleterre, où la constitu¬ tion scrofuleuse est peut-être encore plus commune qu’à Paris; que d’ailleurs les signes de cet état général de l’écono¬ mie sont généralement mal donnés par les auteurs qui ont eu
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RACHIS (carie).
toujours envuelacouslitution lymphatique; et enfin, que Pott avait beaucoup trop généralisé cette étiologie en l’établissant, en quelque sorte, comme une règle sans exception. Il faut, en réalité, regarder les scrofules comme une cause très fréquente, mais non pas unique, de la carie vertébrale. Une alimentation de mauvaise nature, une habitation sombre, basse, humide, malsaine, y prédisposent puissamment. La plupart des chirur¬ giens ont, d’après Boyer, attribué une grande influence à la masturbation, et les conséquences si graves de cette funeste habitude ne confirment que trop souvent ce résultat de l’ex¬ périence. Elle paraît aussi avoir pour cause, dans certains cas, cette disposition particulière, dite rhumatismale, qui porte si fréquemment son action'sur le système osseux : telle est l’ori¬ gine d’un bon nombre de caries vertébrales. J’en dirai autant delà syphilis, qui, d’après plusieurs exemples bien observés, a évidemment déterminé plus d’une fois l’affection qui nous occupe. Enfin, et Paletta a spécialement insisté sur ce genre de causes qui sont admises aujourd’hui généralement, des vio¬ lences extérieures,, coups ou chutes, peuvent agir de manière à produire le même résultat.
Anatomie pathologique. — On sait que la carie attaque de pré¬ férence la partie spongieuse des os ; on comprend dès lors pour¬ quoi le corps des vertèbres est bien plus fréquemment affecté que les lames ou les apophyses : toutefois, ces dernières, et surtout les apophyses transverses , dans lesquelles on trouve du tissu spongieux, sont quelquefois aussi le siège de l’altération. La maladie ne se montre pas non plus avec une égale fréquence dans toutes les régions du rachis. Assez rare dans la région cer¬ vicale, si nous en exceptons les deux premières vertèbres, dont j’ai décrit les altérations dans un autre article (voy. Atlas, At- Loï0o-occiPiTALE(articul.}, etc.), on l’observe surtout dans les der¬ nières dorsales et les premières lombaires. Cette prédilection trouve sans doute son explication, tout à la fois dans la spongio¬ sité plus grande des vertèbres de cette région qui sont aussi plus volumineuses, et dans cette circonstance particulière, que cette région est en quelque sorte le centre des mouvemens les plus fréquens et les plus étendus du tronc, et qu’elle est ainsi ex¬ posée à plus de causes d’irritation et de violences extérieures.
Les vertèbres peuvent présenter deux sortes d’altérations essentiellement différentes, la carie proprement dite de leur
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tissu et sa tuberculisation. Cette dernière, bien que connue et décrite par une foule d’auteurs anciens, n’a été bien appréciée, quant à son influence, que dans ces derniers temps, et c’est surtout aux travaux de Delpecb, de MM. Nichet, de Lyon, et Nélaton, que nous en sommes redevables.
A. La première forme d’altération dont nous ayons à nous occuper est la carie ordinaire , ostéite de beaucoup d’auteurs , ostéite raréfiante de M. Gerdy. Ici on observe d’abord une vas¬ cularisation plus prononcée à la surface de la vertèbre malade, ou même une érosion, une sorte d’ulcération qui annonce que le tissu osseux est le siège d’un travail phlegmasique. Plus tard se montrent les phénomènes ordinaires de la carie, c’est- à-dire un gonflement plus ou moins considérable du corps de l’os, une injection sanguine très marquée, avec coloratiou rouge foncé, ou lie de vin, de son tissu, une raréfaction des canalicules , qui diminue notablement la densité de son tissu osseux, et le rend plus friable ; de là cette facilité avec la¬ quelle une vertèbre, ainsi privée d’une partie de sa substance dure , se laisse écraser sous le poids des parties situées au- dessus; de là aussi cette gibbosité dont nous ne tarderons pas à parler. Suivant les recherches modernes, cette première va¬ riété, la seule que l’on trouve décrite dans les ouvrages clas¬ siques, serait de beaucoup la plus rare, et même, au dire de M. Nélaton , serait en quelque sorte exceptionnelle. Ce point intéressant d’anatomie pathologique, sur lequel le dernier mot n’a pas été dit, appelle encore de nouvelles et sérieuses re¬ cherches.
Nous avons dit que les lames et les apophyses pouvaient être seules affectées ; on en cite quelques exemples. Cette carie est ordinairement superficielle , et succède assez com¬ munément à des ulcérations qui ont d’abord détruit les parties molles , et qui finissent par attaquer les os après avoir déter¬ miné l’inflammation et la destruction du périoste : dans ces cas, le mal s’étend ainsi de dehors en dedans, et ce n’est pas par l’os lui-même qu’il a débuté. Plater cite l’observation d’un bou¬ cher qui , après avoir long-temps souffert dans la région dor¬ sale à la suite d’une chute , et être arrivé à un degré avancé de marasme, vit se développer dans la partie malade un abcès d’où sortit une apophyse épineuse cariée. Une guérison du¬ rable succéda à ce travail éliminatoire {Obs.j lib. ii, p. 544;
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Bâle , 1614 ). J’ai rapporté ailleurs ( Malad. de, la moelle épinière , 1. 1, p. 388) un cas de ramollissement des lames des deux pre¬ mières vertèbres lombaires dont les cartilages articulaires étaient détruits en partie , avec gonflement des masses apo- physaires et des lames de la deuxième vertèbre cervicale, sur le même sujet.
B. Dans sa seconde forme, l’altération consiste dans la pré¬ sence de la matière tuberculeuse au sein du tissu de la ver¬ tèbre. Cette production accidentelle peut s’y présenter sous deux états dlfférens : dans l’un, bien évident et incontestable, elle est agglomérée en masse, et constitue un noyau recouvert d’une enveloppe, ou kyste; dans l’autre, dont la réalité ne me paraît pas encore à l’abri de toute contestation, la matière tuberculeuse serait infiltrée dans les mailles , dans les canaux de la substance osseuse, dont elle augmenterait la densité.
Examinons d’abord le tubercule enky'sté. Cette production morbide passe ici par les mêmes phases que dans les poumons; quand on peut l’observer dès les premiers temps de sa for¬ mation, on ne voit qu’une agglomération de granulations grises, demi-transparentes, séparées par de petites lamelles osseuses d’une ténuité extrême. Ces lamelles ne tardent pas à disparaî¬ tre, et les petites granulations se réunissent en une seule masse d’un aspect perlé , offrant déjà dans son centre un com¬ mencement de transformation tuberculeuse proprement dite. A cette époque déjà, cette production nouvelle est entourée d’une membrane assez résistante, tomenteuse intérieurement, et adhérente, par sa face externe, au tissu osseux environnant, au moyen de prolongemens vasculaires d’autant plus développés, que la maladie est arrivée à une période plus avancée. Au bout d’un temps variable , la matière grise a complètement changé d’aspect : elle est devenue homogène , jaunâtre ; on l’a com¬ parée avec raison au mastic des vitriers; sous cette forme, elle augmente plus ou moins de volume , agrandissant ainsi la ca- TÎlé osseuse qui la recèle. A cet état de crudité succède le ra¬ mollissement : le kyste prend une teinte rosée; le tissu osseux environnant , qui était resté sain jusqu’alors, devient plus vas¬ culaire , et la matière tuberculeuse se liquéfie.
C’est à cette période que commence le travail d’expulsion de la matière ainsi ramollie , qu’une érosion progressive laisse ar¬ river à la surface extérieure de l’os ; c’est son évacuation au de-
70 RACHIS (carie).
hors de ce dernier qui donne lieu aux abcès par congestion, dont nous lallons bientôt parler. Cependant l’excavation creusée au centre de l’os s’agrandit de plus en plus, soit par les progrès d’une absorption interstitielle, soit par la présence de tubercules voisins qui, par suite de leur développement progressif, pénè¬ trent dans la cavité principale : alors, ainsi creusé de plus ,en plus, le corps de la vertèbre se trouve réduit à une véritable coque osseuse à parois fragiles, incapable de supporter le poids des parties supérieures, qui l’affaissent, et l’écrasent en quelque sorte. Ce phénomène a lieu, tantôt d’une manière su¬ bite et instantanée à l’occasion d’un effort, d’une secousse, d’un mouvement brusque, tantôt, au contraire, d’une manière graduelle et plus ou moins rapide. Dans tous les cas, la partie supérieure de la colonne vertébrale, en s’affaissant sur la vertèbre détruite, s’incline en avant, d’où il résulte une dé¬ viation angulaire à sinus antérieur, tandis qu’en arrière, l’apo¬ physe épineuse de l’os malade se trouvant former le sommet de l’angle, présente une saillie qui se dessine fortement sous la peau.
Quand les corps de plusieurs vertèbres ont été ainsi exca¬ vés et affaissés, le corps de la vertèbre , ou des vertèbres qui a été déprimé de la sorte, prend la forme d’un coin dont la base est située en arrière. Or, cet aplatissement ne peut avoir lieu sans que les parois de l’excavation tuberculeuse soient rapprochées, et, dans certains cas exceptionnels, commence alors un travail de réparation qui a. pour but d’effacer et d’o¬ blitérer la cavité qui recelait la matière tuberculeuse; ses pa¬ rois tendent à se rapprocher par l’effet d’un mouvement de retrait analogue à celui par suite duquel nous voyons s’obli¬ térer l’alvéole d’une dent arrachée, .et se resserrer l’orbite quand l’œil en a été enlevé : la surface interne du kyste se trouve dès lors en rapport avec elle-même; une adhérence s’établit, et il se forme là une cicatrice fibreuse analogue à celle que l’on observe quelquefois dans les poumons, quand une caverne tuberculeuse a été cicatrisée.
D’autres fois la destruction du tissu osseux fait de nouveaux progrès, et le corps d’une, et même de plusieurs vertèbres, peut disparaître sans laisser la moindre trace ; on comprend alors combien doit être grande la déformation du rachis.
L’altération qui nous occupe peut exister sous un autre état.
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RACHIS {'carie).
comme je l’ai dit plus haut, et qui a été désigué sous le nom à’ infiltrât ion tuberculeuse. Voici, d’après M.Jîélaton, qui, le premier, eti a donné une description détaillée, quels sont les phénomènes qu’elle offre dans son développement. L’infiltra¬ tion tuberculeuse présente deux phases successives analogues à celles que nous avons indiquées pour le luhercule enkysté. Ainsi, il y a d’abord dépôt dans les maillés du tissu osseux d’une matière grise, opaline, demi-transparente, assez sem¬ blable à la matière encéphalo'ide. Les plaques que forment ces infiltrations ne sè fondent pas insensiblement dans la subs¬ tance osseuse voisine, mais sont brusquement et nettement circonscrites ; elles sont parcourues de vaisseaux très fins, et quelquefois entourées d’un cercle d’injection assez prononcée : du reste, la texture de l’os présente encore la structuie nor¬ male. Mais plus tard , quand la transformation tuberculeuse a eu lieu, qu’à l’infiltration grise a succédé V infiltration puri- forme OU opaque constituée par une matière assez ferme d’a¬ bord, et d’un jaune pâle, alors la trame osseuse de la vertèbre a subi une notable modification : unC véritable hypertrophie interstitielle a resserré le diamètre des canalicules et des va¬ cuoles, au point d’en oblitérer Un certain nombre, et d’amener à l’état éburné les lames osseuses entre lesquelles la matière tuberculeuse s’est infiltrée. Une circonstance importante à noter, c’est que toute trace de vascularité disparaît alors dans la partie altérée : de ce fait on peut conclure, æ priori, que la nécrose doit facilement s’emparer des portions infiltrées, puis¬ que toute communication avec le système circulatoire de l’os finit par s’interrompre.
Cette mortification de' la partie malade, est le signal d’un nouvel ordre de phénomènes qui s’accomplissent à la cireon- fcrence de celle-ci ; je veux parler de la séquestration (aoj. Né¬ crose). Si la plaque nécrosée est à la surface, ou très près de la surface de l’os, la suppuration qui accompagne le travail éliminatoire se répand à l’extérieur, et donne lieu à un abcès par congestion; le séquestre lui-même est "entraîné dans la cullection purulente, et peut, rarement il est vrai, être ainsi expulsé au dehors ; on en a trouvé qui s’étaient frayé un trajet dans les poumons , et M. Nélaton a cité l’observation d’un malade qui en avait rendu par l’expectoration. D’autres Fois , quand le séquestre est central , la cavité qui le renferme
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péut s’agrandir par la résorption de ses parois , et alors on peut observer un résultat semblable à celui que nous avons signalé dans les cas de tubercule enkysté; l’os perd sa résis¬ tance par suite de l’amincissement, ou mieux de la raréfaction de sou tissu, et de l’excavation qui se forme au centre de la vertèbre ; celle-ci se laisse déprimer par les vertèbres situées au-dessus : de là une déformation du rachis, une gibbosité; mais cela se rencontre bien rarement. Quand, dans cette variété, la gibbosité vient à se former, elle est ordinairement produite par un autre mécanisme que voici : l’infiltralion tuberculeuse occupe, dans deux vertèbres voisines, les surfaces correspon¬ dantes du corps de chacune d’elles ; le cartilage intermédiaire , se trouvant privé de vaisseaux , s’ al tère , se nécrose, si l’on peut ainsi dire : alors les vertèbres qu’il séparait s’inclinent l’une vers l’autre; retenues vers la partie moyenne par leurs apo¬ physes articulaires, elles se touchent seulement par leurs bords antérieurs : de là une inclinaison du rachis en avant, et un écartement des apophyses épineuses en arrière. La gibbo¬ sité est encore à peine apparente, mais elle ne tarde pas à de¬ venir de plus en plus saillante; les corps des vertèbres non encore déformées se trouvant en contact, surtout par la partie antérieure de leur circonférence , celle-ci éprouve bientôt une véritable résorption par les frottemens continuels que dé¬ terminent les mouvemens du tronc : on voit alors le corps de chaque vertèbre s’amincir en avant, devenir cunéiforme, et la gibbosité se manifester, mais d’une manière lente et progressive. Ici il y a bien réellement usure mécanique de l’os, car on en retrouve les débris sous forme de poussière grenue, au milieu du pus qui s’écoule des parties^ altérées.
Il est bien rare qu’une seule vertèbre soit le siège de l’infil¬ tration tuberculeuse; il y en a ordinairement cinq ou six en même temps; et, à part le cas tout exceptionnel d’élimination et d’issue du séquestre, cette forme de l’altération n’a pas, comme la précédente, de tendance à la guérison. La présence de la portion nécrosée au sein des tissus malades est là comme un corps étranger, qui entretient une suppuration qui ne cesse qu’avec la vie du malade.
Les différens phénomènes que nous venons de décrire comme appartenant à l’infiltration tuberculeuse, sont d’ailleurs incon¬ testables; ils ont été constatés dans un grand nombre de cas
RACHIS (carie). 73
bien observés. Mais peut-ou en dire autant de l’altération pa- tliologique qu’on considère comme déterminant la carie? Est¬ elle rigoureusement démontrée? Existe-t-il réellement un dépôt de matière tuberculeuse avec hypertrophie interstitielle de la trame osseuse? Cette question d’anatomie pathologique mérite examen. Cette forme de l’altération tuberculeuse n’est autre chose que l’altération qui a été décrite par les auteurs sous le nom de carie superficielle; c’est que, en effet, au premier abord on trouve le ligament antérieur décollé, le fibro-cartilage in¬ tervertébral détruit, la vertèbre noire, infiltrée de pus, quel¬ quefois excavée par suite de la séquestration. Or, la section de la vertèbre ne laissant pas apercevoir de destruction profonde, puisque le tissu est, au contraire, plutôt épaissi que raréfié, on pensait que toute l’altération était bornée à la superficie de l’os : mais si nous reconnaissons que la nature de la lésion avait été méconnue, il n’en résulte pas comme conséquence qu’on doive admettre qu’il y ait une infiltration tuberculeuse. 11 me paraît peu vraisemblable que ce dépôt s’accompagne d’une hypertrophie du tissu osseux; je pencherais plutôt vers l’opinion d’après laquelle on considère cet état anatomique comme une ostéite, avec condensation de la trame osseuse, et suppuration infiltrée, analogue à celle qu’on trouve dans l’hé- patisation grise du poumon.
Enfin, il est des cas dans lesquels on trouve les deux formes de la tuberculisation vertébrale que je viens de décrire, réu¬ nies chez le même sujet, soit dans différentes vertèbres, soit même dans un seul de ces os. Ici, il y a un tubercule enkysté , là, une hypertrophie interstitielle avec infiltration purulente, ou, si l’on veut, tuberculeuse. Les phénomènes locaux par¬ ticiperaient donc alors à la fois de l’une et de l’autre de ces deux variétés d’une même altération.
C’est ici que je dois mentionner un accident qui joue un grand rôle dans l’histoire de la maladie de Pott. Je veux par¬ ler des ahcès par congestion , dont l’histoire a été tracée avec détail au mot Abcès; je n’ai donc qu’à renvoyer à cet article pour les particularités anatomiques, sur lesquelles, d’ailleurs, j’aurai à revenir à l’occasion des symptômes.
La plupart des auteurs qui ont écrit depuis Pott, sur la ca¬ rie vertébrale, et surtout Brodie {Malad. des articulât., trad. franc,, 1820), ont avancé que, dans un bon nombre de cas, la
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maladie commençait par les fîbro-cartilages intervertébraux ; or, cette assertion paraît être infirmée par les recherches les plus récentes d’anatomie pathologique. Et d’abord, ilestunpre- mier fait tout physiologique qui tend à la contredire : c’est que la vitalité du tissu osseux des vertèbres étant plus prononcée que celle de leurs fihro-cartilages, les maladies doivent être plus fréquentes dans les premières que dans les seconds. Une autre circonstance qui a pu induire en erreur, c’est que l’in¬ filtration tuberculeuse, ou plutôt l’ostéite avec condensation du tissu osseux, ayant été méconnue ou considérée comme une altération superficielle, la destruction des fibro-cartilag.es intervertébraux qui l’accompagne souvent semblait indiquer que les désordres avaient débuté par ces dernières. Mais qu’on examine attentivement ce qui se passe, et l’on pourra se con¬ vaincre que, dans l’immense majorité des cas, de même que pour les tumeurs blanches articulaires, la maladie a son point de départ dans le tissu osseux. Dans les cas de tubercule en¬ kysté, lorsque la production accidentelle, augmentant progres¬ sivement de volume, s’étend jusqu’à la surface inférieure du corps de la vertèbre et se trouve en contact avec le fibro-car- tüage interosseux, elle le perfore bientôt, et avec autant de régularité et de netteté que le ferait un emporte-pièce; puis, elle envahit la vertèbre voisine, y creuse une seconde cavité qui communique ainsi avec la première en traversant le fibro- cartilage. M. Nélaton a représenté dans sa thèse un exemple de ce genre. Dans ce cas, toute la lésion du fibro-cartilage consistait dans une simple perforation de son tissu. 11 n’en est pas de même dans ce qu’il a considéré comme étant une infil¬ tration tuberculeuse ; le tissu des disques intervertébraux, iso¬ lés ou déjà résorbés en partie par le fait de la phlegmasie de l’os, achève de se détruire au milieu de la suppuration abon¬ dante qui baigne les parties malades; c’est ce que 'Delpech avait déjà fait voir {De l’orthomorphie^ Paris, 1828, t. l, p. 201). H n’en est cependant pas toujours ainsi, et avec les diverses lésions des vertèbres on a pu trouver les fibro-cartilages d’u¬ nion rouges, ou rosés, gonflés, ramollis, ulcérés. en partie, en un mot, manifestement enflammés.
En parlant de l’évolution du tubercule dans les vertèbres, et pour ne pas scinder notre description, nous avons dit com¬ ment les cavernes creusées au milieu du tissu osseux pou-
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valent arriver à la cicatrisation; mais ce n’est pas tout. Tandis que l’altération fait incessamment de- nouveaux progrès, ou marche vers la guérison, il s’opère à la surface extérieure du corps de la vertèbre altérée un travail vraiment merveilleux qui tend à s’opposer à l’affaissement de l’os, résultat ordinaire des excavations tuberculeuses qui se creusent dans son épais¬ seur. Des jetées osseuses, formées, suivant toutes les appa- l'ences, par une ossilication du ligament antérieur, ou par une sécrétion du périoste, s’étendent des vertèbres saines au de¬ vant de celles qui sont altérées, et soutiennent ainsi le rachis, qu’elles empêchent de s’affaisser sur lui-même. Mais quelque¬ fois ces prolongemens osseux forment de la sorte un appui préjudiciable au malade, car les vertèbres altérées ne pouvant plus s’affaisser, les parois de l’excavation tuberculeuse ne peuvent plus se rapprocher, de manière à en déterminer l’o¬ blitération, et par suite la guérison. D’un autre côté, ce tra¬ vail réparateur est bien souvent insuffisant, car il ne consiste qu’en des aiguilles ou stalactites osseuses qui n’ont aucune so¬ lidité et aucune connexion avec les vertèbres saines qu’elles n'atteignent pas en passant au devant des vertèbres malades. Le mode de guérison des abcès par congestion ayant déjà été exposé (vof. Abcès), nous n’y reviendrons pas.
L’état de la moelle épinière dans le point qui correspond aux altérations du rachis doit fixer un instant notre attention, car il donne souvent l’explication de divers, symptômes ob¬ servés pendant la vie. Et, d’abord, ses membranes sont ordi¬ nairement livides, plus- ou moins injectées de sang , offrant même quelquefois des traces de phlegmasie chronique; quant au cordon nerveux lui-même, les lésions sont alors simple¬ ment mécaniques ou vitales : les premières dépendent du de-, gré de compression qu’il éprouve par le déplacement des ver¬ tèbres ou l’ampleur de la poche purulente qui fait, dans certains cas , une saillie considérable dans le canal rachidien. Ainsi , tantôt la compression est légère; d’autres fois la moelle est , dans une étendue plus ou moins considérable , réduite au tiers, au quart de son épaisseur; dans un cas, que j’ai rapporté ailleurs ( Malad. de la moelle , etc., t. i, p. 439), elle avait subi un aplatissement qui la convertissait en une sorte de ruban médullaire. Cette même observation offre ceci de remarquable, que l’altération tuberculeuse avait son siège dans la partie
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postérieure du corps de la vertèbre. L’absence de modification dans la texture de la moelle résulte alors de ce que la com¬ pression a eu lieu d’une manière graduée. Lorsque cette pres¬ sion existe depuis très long-temps , on voit au-dessus du point rétréci un renflement bulbeux qui semblerait être le résultat du refoulement en haut de la substance médullaire ; la portion inférieure, au contraire, reprend insensiblement son volume normal , et ne présente que très rarement la tuméfaction bul¬ beuse; enfin, quand le déplacement des vertèbres est très considérable, il peut y avoir solution complète de continuité du cordon nerveux, comme dans les lésions traumatiques.
D’autres fois la moelle a subi de notables changemens dans sa consistance : elle est ramollie , , transformée en un vé¬ ritable putrilage, lequel peut disparaître lui-même, laissant un intervalle entre les deux portions saines de la moelle. Ce ramollissement est parfois une conséquence manifeste de l’in¬ flammation : c’est lorsqu’une évacuation habituelle vient à être brusquement suppriméecliezunsujet affecté du mal vertébral, qu’on a vu quelquefois survenir rapidement les symptômes d’une myélite ou d’une méningite rachidienne. Dans des cas où l’intégrité de la moelle ne pouvait rendre compte des ac- cidens de paralysie observés pendant la vie , Paletta a trouvé de graves désordres dans les nerfs rachidiens , au niveau de l’altération des os: ils étaient là comme macérés au milieu de la matière tuberculeuse des vertèbres. Les organes celluleux voi¬ sins, mais surtout ceux qui environnent le trajet des abcès, sont épaissis, indurés , transformés bien souvent en une masse homogène, dense, résistante, au sein de laquelle les vais¬ seaux et les ner.% restent confondus. Enfin, quand la maladie occupe les vertèbres dorsales , il n’est pas rare de voir les ex¬ trémités postérieures des côtes et les articulations costo-ver¬ tébrales offrir les phénomènes de la carie.
Quant aux lésions qu’on observe dans les autres organes, elles sont pour la plupart le résultat d’une coïncidence toute fortuite ; il en est cependant quelques-unes qui paraissent liées plus spécialement à la maladie qui nous occupe. Ainsi , la tuber¬ culisation plus ou moins avancée des poumons est un phéno¬ mène dont la coïncidence fréquente vient à l’appui de cette opinion, que le plus souvent le mal de Pott est dû à des tu¬ bercules vertébraux; d’un autre côté, les phénomènes de co-
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lite chronique qui se montrent à la fin de la maladie, laissent ordinairement pour trace une pâleur avec ramollissement de la membrane muqueuse du gros intestin dans lequel on ren¬ contre aussi quelquefois des ulcérations.
Symptômes. — üne circonstance bien fâcheuse dans l’his¬ toire de la maladie qui nous occupe , c’est que les symptômes qui en révèlent l’existence ne se montrent guère qu’à une pé¬ riode assez avancée, alors que les désordres anatomiques sont déjà considérables.
Le premier phénomène qui puisse donner l’éveil est ordi¬ nairement une douleur sourde le long du rachis , dans le point où le tubercule a son siège. Cette douleur est quelquefois assez vive : on la désigne assez improprement sous le nom de rachial¬ gie; tantôt elle est bornée à la colonne vertébrale, tantôt elle s’étend vers l’épigastre, produisant, dans certains cas, un senti¬ ment de constriction à la base de la poitrine , qui gêne la respi¬ ration. Paletta est le premier qui ait insisté sur cette propaga¬ tion de la douleur. Nous savons , du reste , qu’elle se présente assez souvent dans les maladies de la moelle épinière, au niveau de la région dorsale. La plupart des observateurs ont regardé la rachialgie comme le phénomène en quelque sorte pathognomo¬ nique de la maladie de Pott ; cependant elle est loin de se pré¬ senter constamment, et même, d’après les observations ras¬ semblées par M. Malle, ce caractère manquerait presque aussi souvent qu’il se montre. Sur vingt et un malade dont l’histoire est rapportée avec détail par cet auteur, le signe en ques- tion a manqué dix fois ( Clinique chirurg. de Vhôp. d’instr. de Strasbourg;}? AVIS, 1838, in-8°, p. 105). Du reste, lorsqu’un malade présente un des signes de la carie vertébrale, tel qu’un abcès par congestion, qu’il n’y a pas de gibbosité, pas de douleur, on peut chercher lè siège de la maladie en com¬ primant successivement les apophyses épineuses jusqu’à ce que l’on détermine un sentiment plus ou moins vif de souf¬ france , ou une crépitation sourde et profonde. Paletta indi¬ que, d’après Copland, ce procédé si connu qui consiste à passer sur la partie postérieure du tronc une éponge imbibée d’eau chaude; là où il se manifesterait de la douleur serait le siège de la carie.
Après la douleur vient la déformation du rachis : nous nous sommes expliqués sur son mécanisme; il ne nous reste
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plus qu’à étudier les diversités d’aspeet qu’elle présente. La colonne vertébrale est d’ordinaire fléchie anguleusement, et le sommet de l’angle est constitué par une apophyse épineuse qui fait sous'la peau une saillie d’autant plus prononcée, que l’angle est moins obtus; dans certains cas, on a vu le rachis fléchi à angle droit; mais ces cas sont rares ; ce changement dans la direction du rachis doit en entraîner quelques autres dans les courbures normales. Nous avons vu que, pour les nécessités de l’équilibre, ces diverses courbures étaient soli¬ daires les unes des autres. Lors donc qu’une incurvation anor¬ male a lieu à la région cervicale, par exemple, la tête, qui se trouve fortement portée en avant, augmenterait par trop le poids des parties antérieures du corps, et déplacerait le cen¬ tre de gravité, si la cambrure dorso-lombaire ne venait, en s’exagérant, à rejeter en arrière la partie supérieure du tronc; si, d’un autre côté , la flexion a lieu au bas de la région dor¬ sale ou aux lombes , c’est la tête qui se renverse en arrière , de manière à compenser l’effet de la courbure accidentelle. Comme nous venons de le dire, la courbure a lieu le plus sou¬ vent dans le sens antéro-postérieur; mais si le corps d’üne vertèbre se trouve excavé sur le côté , l’affaissement aura lieu dans ce sens, et la courbure sera sensiblement latérale; au reste, cet accident est rare , et d’ordinaire peu prononcé. La ré¬ sistance opposée par les masses apophysaires restées intactes en rend suffisamment raison; la gibbosité survient, comme il a été dit, tantôt lentement, tantôt assez vile , tantôt d’une manière brusque et instantanée , et cela à l’occasion d’une secousse, d’une chute, ou même sans cause appréciable : c’est assez ordinairement ce déplacement progressif ou rapide qui donne lieu à une série de phénomènes dépendans de la compression de la moelle épinière ; mais d’autres fois il n’y a point de compression, mais phlegmasie, ramollissement du cordon rachidien , et la souffrance de cet organe se traduit également, dans ce cas, par le degré de paralysie des parties situées au-dessous; enfin, comme le prouvent de nombreuses observations, la paralysie, sur laquelle Pott a si longuement insisté, peut manquer jusqu’à la fin.
Nous noterons d’abord que les lésions de la sensibilité et du mouvement sont d’autant moins marquées, que la cause com¬ pressive ou phlegmasique agit avec plus de lenteur : cependant
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on observe tôt ou tard un engourdissement parfois doulou¬ reux avec faiblesse des membres, qui bien souvent devient une paralysie complète. Dans quelques cas, la paralysie a été précédée de mouvemens convulsifs ou de rétractions des mem- bres, qui résultent d’une irritation ou même d’une inflamma¬ tion des enveloppes de la moelle. Cependant j’ai eu l’occasion d’ouvrir plusieurs sujets morts à la suite du mal vertébral de Pott, avec ou sans contracture des membres , sans rien trouver chez les uns et les autres qui pût expliquer cette différence dans les symptômes. Lorsque l’affaibUssement précurseur de la perte des mouvemens s’est déclaré , }a marche du malade offre plusieurs particularités fort intéressantes à étudier : les pas sont très rapprochés , ce qui diminue l’étendue de la rota¬ tion du corps sur les hanches; le pied, qui s’écarte peu du sol, y retombe presque à plat; les mouvemens de balance¬ ment des bras n’ont plus lieu ; eps organes restent pendans pa¬ rallèlement le long du corps, et, par suite, le mouvement de rotation des épaules , qui alternait avec celui des hanches , est aboli ; le tronc est donc porté en avant, comme on le dit , tput d’une pièce. A mesure que là paralysie augmente, les difficultés deviennent plus grandes ; d^na la progression, le malade est obligé de prendre un point d’appui en avant avec ses mains, qu’il applique sur le haut des cuisses ; veut-il s’asseoir, c’est encore sur ses cuisses qu’il pose ses mains pour se soutenir, tandis qu’il fléchit lentement les articulations coxo-fémorales, jusqu’à ce qu’il ait rencontré le niveau du siège; pour ramasser quelque chose à terre , c’est à peu près par le même moyeu qu’il y parvient, sans incliner le tronc de manière à saisir l’objet à côté de lui, ou entre ses jambes écartées. Enfin, à une période encore plus avancée, la marche est devenue presque complètement impossible : le malade traîne les pieds, ses jambes fléchissent à chaque instant, les pieds se heurtent et s’embarrassent; vainement il s’accroche à tout ce qui peut lui offrir un appui , à tout moment il tombe , et bientôt le moindre mouvement lui est impossible. La sensibilité suit assez ordinai¬ rement les mêmes phases d’extinction que le mouvement; mais, dans certains cas, elle persiste, malgré des, désordres fort graves du côté de la moelle. Enfin on a vu , et j’en ai cité un exemple dans mon Traité des maladies de la moelle ( t. i , p. 444 ), on a vu, dis-je, une destruction complète du cordon rachidien
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dans une certaine étendue, avec conservation de la sensibilité et du mouvement. M. Sédillot, qui rapporte un fait semblable, le trouvant trop en désaccord avec l’opinion généralement reçue sur les fonctions de la moelle épinière , préfère admettre que la lésion qu’il a observée a été effectuée après la mort. Je ne pense pas qu’on doive nier un fait parce que l’explication nous en échappe : constatons-le avec soin, précisons-en bien tous les détails , en attendant que la science en ait dévoilé la cause l’éelle.
Si la carie réside à la région cervicale, les membres supé¬ rieurs pourront participer à la paralysie, mais, sauf le cas de lésion des deux premières vertèbres {yojf. Atlas), la carie est beaucoup plus commune aux régions dorsale et lombaire, et la description de la paralysie telle que nous l’avons donnée comprend la grande généralité des cas. Fort souvent la vessie et le rectum ne sont pas troublés dans leurs fonctions, ou du moins il ne le sont qu’à une époque avancée de la maladie. Alors le désordre qui existe dans l’innervation se révèle encore par la sécheresse, l’aridité de la peau, qui devient rugueuse et comme écailleuse. Vers les derniers temps, il y a quelque¬ fois infiltration œdémateuse des membres inférieurs.
La suppuration qui se forme presque nécessairement au ni¬ veau des vertèbres altérées ne vient pas toujours apparaître à l’extérieur, mais bien souvent elle suit les interstices des muscles, ou les cônes celluleux qui environnent les vaisseaux , et se montre enfin sous la peau. Tantôt il n’y a qu’un seul ab¬ cès, tantôt il y en a plusieurs qui peuvent être même fort con¬ sidérables. M. Pigné a communiqué à la Société anatomique un cas de ce genre qui a peu d’analogues dans la science. L’in¬ dividu qui en est le sujet présentait une tumeur volumineuse occupant toute la cuisse; celle-ci était convertie en un cône dont la base était au pli de l’aine et le sommet au genou. Plus saillante en avant qu’en arrière, la tumeur résidait manifeste¬ ment au-dessous des muscles, et offrait une fluctuation obscure vers la partie interne et moyenne. La fosse iliaque droite et la fosse iliaque gauche étaient également le siège d’une tuméfac¬ tion, au sein de laquelle on pouvait reconnaître la présence d’un liquide. Il n’y avait pas eu de rachialgie, et le sujet, âgé de qua¬ rante-deux ans, avait toujours eu une bonne santé antérieure. Une incision ayant été faite à la cuisse, il en sortit une quan-
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lité énorme de pus jaunâtre, fétide. Des accidens de résorp¬ tion et d’infection générale ne tardèrent pas à se manifester, et le sujet succomba. A l’autopsie, on trouva toute la cuisse convertie en une vaste poche qui communiquait avec les deux régions iliaques, elles-mêmes occupées par deux cavités très considérables remplies de pus. Ces désordres résultaient de l’élimination de la matière tuberculeuse qui avait excavé le corps des deuxième et troisième vertèbres lombaires, et s’était fait jour à l’extérieur. Deux fortes jetées osseuses soutenaient les vertèbres malades, et s’opposaient à leur affaissement (Bal¬ let. de la Soc. anat., an. 1838, p. 322). Cette observation vient, comme on le voit, à l’appui de l’opinion que nous avons émise plus haut relativement à l’influence fâcheuse qu’exercent quel¬ quefois les productions osseuses qui entourent les os altérés. En empêchant l’affaissement des vertèbres, elles s’opposent au rapprochement des parois du foyer, qui devient alors une source intarissable de pus.
Comme on l’a dit ailleurs (voy. Abcès), le siège le plus ordi¬ naire des abcès par congestion est à la région inguinale, où le pus s’est accumulé en suivant le trajet des muscles psoas; on les observe encore assez souvent à la région postérieure du tronc, aux lombes spécialement; plus rarement au périnée, à la marge de l’anus, etc. Enfin, il est des cas, encore assez nom¬ breux, dans lesquels le pus ne se montre pas à l’extérieur; il forme une poche plus ou moins volumineuse au-devant des vertèbres cariées, ou il constitue une sorte de sac allongé sus¬ pendu à la colonne vertébrale, mais inaccessible à nos moyens d’investigation. J’ai indiqué, dans un autre article (yoy. Atlas, t. IV, p. 310), les effets particuliers qui résultent de la présence d’une semblable poche au-devant des vertèbres cervicales : la projection de la mâchoire inférieure en avant, celle de la langue qui est poussée contrôles dents, le nasonnement de la voix, la difficulté de la déglutition et de la respiration, suf¬ firaient pour qu’on reconnût alors l’existence d’un abcès dans cette région, s’il n’était pas encore accessible à la vue et au toucher; la tumeur simule assez bien par son aspect certains polypes du pharynx.
Lorsque l’abcès s’est formé et qu’il est venu soulever les té- gumens, il faut que le pus se fasse jour au dehors, ce qui a lieu soit par suite d’une ponction pratiquée, soit par un tra- D\ct. de Med. sxvii. 6
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vail d’ulcération progressive; alors, au bout d’un temps plus ou moins long, quelquefois même après plusieurs oblitérations suivies de nouvelles ouvertures, le foyer reste fisluleux, le pus ne tarde pas à avoir une odeur fétide de plus en plus pro¬ noncée, il devient ténu, mal lié, grisâtre, en un mot, de mau¬ vaise nature. En même temps l’état général du malade s’aggrave, des frissons irréguliers, des sueurs nocturnes, annoncent l’in¬ vasion de celte réaction fébrile qu’on a désignée sous le nom dé fièvre hectique; l’appétit, qui s’était maintenu jusqu’alors, dimi¬ nue; le malade supporte difficilement une alimentation un peu substantielle ; une constipation opiniâtre cesse bientôt pour faire place à un dévoiement qui prend le caractère de la diarrhée colliquative. Il ÿ a rétention , ou écoulement involontaire de l’u¬ rine; le marasme fait chaque jour des progrès alarmans; lés parties saillantes du corps, et exposée* à la compression par le décubitus prolongé, prennent une teinte livide, s’excorient, ou se gangrènent. Des eschares se détachent, et, l’ulcération qui leur succède revêt un nâauvais aspect , détruit les parties molles jusqu’aux os qu’elle altère à leur tour. L’affaiblissement est à son comble, et enfin la mort vient mettre un terme à tant de souffrances.
D’autres fois, alors même qu’il y a eu des abcès par conges¬ tion , et une gibbosité, la terminaison est plus heureuse : le travail de cicatrisation , dont nous avons décrit le mécanisme, ayant fait disparaître l’excavation tuberculeuse, l’écoulement purulent, s’il existait, se tarit, et l’ouverture fistuleuse se ferme; les forces se relèvent; les membres engourdis, ou même paralysés , recouvrent le mouvement d’une manière plus ou moins complète, etentinla guérison a lieu; seulement la gibbosité persiste. Cette issue favorable peut être obtenue, soit par le bénéfice seul de la nature, soit, et c’est là le cas le plus ordinaire , avec l’aide des secours de l’art.
Diagnostic. — Au début de la maladie, quand ils se présentent isolés, les divers symptômes du mal de Pottjieuvent laisser les praticiens dans un doule très grand sur leur véritable cause. Ainsi, les douleurs proviennent-elles d’une carié ou d’une sim¬ ple affection rhumatismale, ou bien encore d’une méningite- spinale chronique? La paralysie commençante résulte-t-elle d’une altération de la moelle épinière, ou d’une compression de cet organe par une cause quelconque ? La nature de l’abcès par
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congestion n’est pas non plus toujours facile à préciser. Quant à la gibbosité, son mode de formation, sa direction d’avant en arrière , sa forme anguleuse , ne permettent pas de la con¬ fondre avec leis autres déviations de la colonne rachidienne ; cependant lorsqu’on observe l’un des phénomènes précités chez un sujet jeune, scrofuleux, ou adonné à la masturbation, on peut soupçonner une carie vertébrale ; le diagnostic devient beaucoup plus certain, par exemple , quand à la douleur ra¬ chidienne se joint un abcès par congestion, ou une gibbosité. Si ces divers signes sont réunis , toute erreur de diagnostic se¬ rait inexcusable. .
Est-il possible de distinguer la nature particulière de la lé¬ sion qui nous occupe ? Peut-être la carie simple est-elle plutôt produite par une cause rhumatismale ; la gibbosité est alors moins fréquente et moins marquée. Suivant M. Nélaton, la pro¬ duction plus lente de la déformation, ou son absence Complète dans certains cas rares, l’issue de fragmens osseux éburaés par la fistule, servent à différencier la tuberculisation enkys¬ tée de la tuberculisation diffuse: mais, nous l’avons dit, il y a encore bien des recherches à faire sur ce sujet. Diverses cir¬ constances , soit dans les commémoratifs , soit dans l’état ac¬ tuel du malade, pourront aider beaucoup au diagnostic. Ainsi , le développement de l’affection à la suite d’une violence exté¬ rieure chez un sujet sain, bien portant antérieurement, ferait plutôt soupçonner la carie simple; tandis que si le malade est jeune, s’il est issu de parens scrofuleux ou phthisiques, s’il a été lui-même , ou s’il est actuellement atteint de scrofules, s’il s’est trouvé dans les conditions débilitantes, qui proviennent de la misère, d’une alimentation de mauvaise qualité, etc., s’il avoue s’être livré à la masturbation, ou bien encore s’il présente des signes de phthisie pulmonaire, il y a de grande.s probabilités pour croire à l’existence de tubercules dans le rachis.
La carie isolée des lames vertébrales ou des apophyses est tellement rare, que les auteurs n’ont pas donné de signes spé¬ ciaux pour la reconnaître; et on le comprend, car le diagnos¬ tic n’est généralement possible que lorsque l’altération est consécutive à une ulcération des parties molles extérieures , ou quand un abcès largement ouvert permet d’explorer la portion cariée.
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Durée. — On ne peut guère assigner de limites à la durée de la carie vertébrale , soit qu’elle se termine par la guérison , soit qu’elle se termine par la mort : tantôt, en effet, on voit le ma¬ lade succomber un ou deux mois après la première apparition d’un abcès par congestion , tantôt il survit ainsi plusieurs an¬ nées. Et, d’ailleurs, comment déterminer à quelle époque pré¬ cise a commencé le développement du mal, puisque la douleur qui l’annonce d’ordinaire manque dans un assez grand nombre de cas. Cette douleur elle-même se montre-t-elle dès le début? on n’en sait rien. De même pour les cas de guérison, tantôt il suffit de quelques semaines, tantôt, et le plus ordinairement, il faut des mois , des années.
Pronostic. — D’après tout ce qui précède, on peut comprendre combien est grave le pronostic de la maladie dePott, dont l’es¬ pèce la plus dangereuse , dit avec raison Boyer, est celle qui tient au vice scrofuleux : il faut placer immédiatement après celle qui résulte d’excès dans la masturbation. Cette dernière a une marche ordinairement très rapide, et qu’il est d’autant plus difficile d’entraver, que souvent les malheureux en proie à cette déplorable passion continuent de s’y livrer, malgré l’issue funeste qu’ils ont devant les yeux. La carie due à une cause rhumatismale est moins grave. L’âge exerce aussi une certaine influence sur cette affection , car on a remarqué qu’elle guérit, en général , bien plus souvent chez les enfans que chez les adultes. La période avancée de la carie , la coïncidence d’un abcès par congestion déjà ouvert , d’une paralysie très pro¬ noncée, le siège élevé de la lésion, donnent beaucoup de gra¬ vité au pronostic. Ce que nous avons exposé en traitant de l’anatomie pathologique peut faire comprendre aussi que , dans la forme dite tuberculeuse par infiltration y la guérison du mal offre beaucoup moins de chances que lorsqu’il y a tuber¬ cules enkystés ; toutefois, il ne faut jamais désespérer des efforts de la nature secondés par un traitement approprié, appliqué avec méthode et persévérance.
Traitement. — L’influence incontestable qu’un traitement ac¬ tif exerce sur la carie vertébrale doit faire vivement regretter que, le plus souvent, le début de la maladie restant caché, on ne puisse agir que lorsque l’altération des os a fait de grands progrès : aussi tous les bons observateurs insistent-ils i avec raison , sur l’importance qu’il y a à découvrir les premiers
RACHIS (carie). 85
symptômes de celte maladie, pour la combattre immédiate¬ ment par des moyens énergiques. Proportionner l’activité sa¬ lutaire des agens thérapeutiques à l’activité destructive du mal est un précepte que le praticien ne doit pas perdre de vue un seul instant. Ainsi , lorsqu’on est appelé auprès d’un sujet de constitution scrofuleuse , ou qui avoue s’être adonné à la masturbation, que -cet individu se plaint de fai¬ blesse et d’engourdissemens dans les extrémités inférieures , il faut immédiatement porter son attention sur le rachis, mettre en usage tous les procédés d’investigation, pour découvrir s’il n’y a pas quelque indice de carie commençante : si l’on trouve un motif plausible de penser qu’il en soit ainsi , il faut appliquer sans délai un exutoire profond de chaque côté de la saillie de l’apophyse épineuse de la vertèbre , où paraît sié¬ ger le mal. Les anciens , à l’exemple d’Albucasis , se servaient du fer rouge, avec lequel ils faisaient une eschare plus ou moins étendue. «Nous pouvons assurer, dit Boyer, que ce moyen n’a jamais trompé nos espérances, toutes les fois que le cas était de nature à en permettre l’emploi , et qu’il a été possible d’y avoir recours avant que la suppuration fût sur¬ venue. » D’autres praticiens emploient les moxas , dont ils re¬ nouvellent à plusieurs reprises l’application, et qu’ils laissent suppurer pendant quelque temps; mais le moyen le plus généralement en usage est celui que Pott a conseillé d’après Caméron, ainsi qu’il le rapporte, et dont on lui attribue généralement la première idée : je veux parler du cautère. Comment cet exutoire doit-il être employé ? Voici ce que Pott lui-même dit à ce sujet. «J’ai essayé, dit-il, les différens moyens par le séton, le cautère par l’incision, et le cautère par le caustique, et, en général, j’ai trouvé ce dernier préférable: il est moins douloureux; on peut le tenir très proprement, et le conduire avec la plus grande facilité; enfin, il est susceptible d’être entretenu très long-temps. »
«Les
caustiques
doivent
être
appliqués
de
chaque
côté
de
la
courbure,
de
manière
à
laisser
la
portion
de
peau
qui
cou¬
vre
la
partie
moyenne
des
os
saillans
entière
et
non
offensée
,
et
ils
doivent
être,
de
plus,
assez
considérables
pour
que
chacun
des
ulcères
,
après
la
chute
des
eschares
,
puisse
aisé¬
ment
contenir
trois
ou
quatre
pois
dans
le